Discours de l’ambassadeur - Conférence « Surveiller et punir » à l’Institut Français de Pékin [中文]

« Surveiller et punir » - C. Loiseau
Institut Français de Pékin – 6 mai 2019

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Cher Christophe Loiseau,
Cher Grégoire Chamayou,
Cher LIU Beicheng,
Cher WANG Min’An,
Mmes et MM les professeurs, éditeurs, traducteurs ou lecteurs passionnés de Foucault,
Chers amis,

C’est un grand plaisir et un honneur de vous accueillir ce soir à l’auditorium de l’Institut français de Pékin pour une soirée spéciale dédiée à la réflexion sur les prisons, à la problématique de l’enfermement et plus généralement à la pensée du grand philosophe français Michel Foucault.

Nous avons ouvert il y a quelques jours à peine la 14ème édition du Festival Croisements qui encourage et développe la rencontre entre artistes et institutions culturelles françaises et chinoises, leur permettant d’arpenter ensemble les chemins de la création.
Avec plus de 19 millions de spectateurs depuis sa création, décliné dans 30 villes et une dizaine de disciplines, ce Festival est devenu au fil des ans un rendez-vous culturel majeur pour nos deux pays. La transdisciplinarité est au cœur de ce festival et cette soirée en est un parfait exemple, puisqu’elle allie débat d’idées, mise en lumière des livres et des auteurs, réflexions philosophiques, ouverture artistique mais aussi échange sociétal sur la gouvernance et le rôle des prisons.

Michel Foucault est une figure majeure de la philosophie française du XXème siècle. Son rayonnement à l’étranger est considérable et il a été très tôt traduit en mandarin (et retraduit à maintes reprises d’ailleurs).
M. LIU Beicheng nous en parlera dans un instant. Il est largement étudié en université et beaucoup de chercheurs français et chinois - dont M. Grégoire Chamayou et M. WANG Min’An sont d’excellents représentants ce soir - l’inscrivent au cœur de leur socle de réflexions.

Son travail sur les liens et les tensions entre pouvoir et connaissance, son analyse critique du redressement des corps ou encore sa dénonciation de la morale culpabilisatrice sont des thèmes récurrents de son héritage intellectuel.

Un éclairage complémentaire sur les prisons sera apporté par M. Christophe Loiseau dont l’exposition « Droit à l’image » est présentée jusqu’au 1er juin de la galerie de l’Institut.
Mon épouse et moi-même avons eu la chance de découvrir cette exposition lors du Festival Jimei x Arles à Xiamen en novembre dernier, après sa première présentation en France dans le cadre des Rencontres de la Photographie d’Arles.

Le caractère exceptionnel de ce travail et des œuvres qui en résultent n’a d’égal que la force extraordinaire de ces tableaux vivants, voulus et pensés par l’auteur et surtout par les hommes qui en sont non les objets mais les sujets actifs.
La beauté et la liberté sont réintroduites dans des lieux qui en sont naturellement privés, comme j’ai pu moi-même le constater lors de différentes visites en milieu carcéral que j’ai effectuées, il y a longtemps déjà il est vrai.

Ces portraits sans barreaux et sans murs nous disent beaucoup sur l’image que les personnes incarcérées ont d’elles-mêmes et sur le monde tel qu’elles se les représentent.
A nous d’être dignes de cette représentation parfois rêvée mais toujours belle.

Il y a plus de 40 ans, la lecture de Michel Foucault avait été un choc pour moi et pour beaucoup de ceux de ma génération.
Le questionnement que « Surveiller et punir » introduisait sur notre histoire et nos pratiques sociales nous a marqué à jamais, tout comme son action militante - menée avec des hommes engagés et courageux comme Jean-Marie Domenach – qui en a incité beaucoup à se mobiliser pour retrouver collectivement et individuellement cette part d’humanité qui fait de nous des êtres humains.
Ce doute, ce questionnement et cet engagement sont au cœur de l’humanisme qui doit rester le cœur vivant de nos démocraties, nous ne devons jamais l’oublier.

Rappelons qu’au 1er janvier 2019, il y avait en France plus de 70.000 personnes détenues et plus de 11.000 non détenues (c’est-à-dire très majoritairement en placement sous surveillance électronique).
La France, en tant qu’Etat de droit, est soucieuse de garantir les droits des personnes condamnées et de ceux de leurs familles : ainsi, à son incarcération dans un établissement pénitentiaire, chaque détenu se voit remettre un « guide du détenu », élaboré par le ministère de la Justice et régulièrement mis à jour, qui récapitule les droits dont les personnes détenues peuvent bénéficier.

Il convient de rappeler à cette occasion que la France est et reste un défenseur ardent de l’abolition de la peine de mort, en toutes circonstances.

Pour conclure, je souhaitais remercier une fois encore nos 4 invités de ce soir, venus d’ici ou de beaucoup plus loin, d’avoir accepté notre invitation.
Foucault écrivait « Ce qui m’étonne, c’est le fait que dans notre société l’art est devenu quelque chose qui n’est en rapport qu’avec les objets et non pas avec les individus ou avec la vie » et c’est précisément de cela qu’il sera aussi question ce soir.

Je vous souhaite à tous une bonne soirée et de fructueux échanges. 谢谢再见 ! (Xie xie zai jian).

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Dernière modification : 07/05/2019

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