Discours de Jean-Marc Ayrault, Premier ministre sur le thème de la ville durable à Wuhan

En présence du Gouverneur de la région du Hubei, le Premier ministre est intervenu sur le projet de ville durable à Wuhan, le 7 décembre 2013

Seul le prononcé fait foi.

Monsieur le secrétaire du Parti de la Province du Hubei,

Monsieur le gouverneur de la Province du Hubei,

Monsieur le maire de Wuhan,

Monsieur le ministre de l’Ecologie,

Madame la représentante spéciale du ministre des Affaires étrangères,

Mesdames et Messieurs,

Chers amis,

En quelques années, la Chine a connu un développement remarquable qui en fait la deuxième puissance économique dans le monde. Cette croissance fulgurante s’est accompagnée d’une urbanisation, dont la rapidité frappe d’autant plus les esprits que cette dynamique est amenée à se poursuivre.

Au cours des 30 dernières années, votre population urbaine a augmenté d’environ 10% par an. En 2011, 50% de vos compatriotes vivaient en ville. D’après vos propres estimations, votre population urbaine devrait augmenter de 300 millions de personnes d’ici 2025 et le taux d’urbanisation atteindre 70% en 2035. D’ores et déjà, la Chine compte plus de 50 villes de plus de deux millions d’habitants.

Naturellement, cette expansion phénoménale emporte des conséquences sociales et environnementales. Vos villes sont responsables d’une part croissante des émissions de CO2. Elles représentent un maillon essentiel pour atteindre les objectifs que vous vous êtes fixés en matière de diminution de l’intensité énergétique et de l’intensité carbonique de votre modèle de développement.

Vous avez également pris à bras le corps le problème de la pollution de l’air, de l’eau et des sols. Votre récent plan d’action prévoit notamment des objectifs très ambitieux de réduction de la concentration des particules fines dans l’atmosphère dans plusieurs de vos grandes métropoles.

Vous le savez probablement, j’ai été, pendant près de trente ans, maire d’une grande ville française, la ville de Nantes. Pendant toutes ces années, j’ai acquis une conviction : celle de la nécessité de concevoir une ville nouvelle, de réconcilier ses habitants avec leur environnement et leur cadre de vie, d’inventer en quelque sorte une nouvelle modernité.

Et, cette histoire, elle concerne toute la planète et, bien entendu, la France et la Chine. Ce que je vous propose aujourd’hui, c’est de la construire ensemble.

Ensemble, parce que nous sommes confrontés à la même urgence environnementale. Les experts du GIEC ont rendu leur rapport en septembre dernier. Leur diagnostic est sans équivoque : le changement climatique est en cours ; les activités humaines y sont liées ; si rien n’est fait, la température aura augmenté d’ici la fin de ce siècle de 3 à 4 degrés ; tous, nous serons affectés par les conséquences catastrophiques d’un tel réchauffement.

Ensemble, parce que c’est la seule manière de lutter contre le changement climatique. La France souhaite ardemment que la Chine soit son partenaire dans la construction d’un nouveau modèle de développement, moins émetteur de gaz à effet de serre, moins consommateur de ressources et plus respectueux de l’environnement.

La France propose également à la Chine d’être son partenaire dans le cheminement vers un accord global et juridiquement contraignant, à l’occasion de la conférence climat qu’elle présidera en 2015. Notre objectif sera de limiter à 2 degrés le réchauffement climatique à l’horizon 2100.

Ensemble, parce que nous consentons, de part et d’autre, des efforts similaires. Je viens d’évoquer vos objectifs. La France a, quant à elle, engagé une transition énergétique et écologique majeure. Elle a décidé de diminuer de 50% ses consommations énergétiques en 2050, de réduire de 30% sa consommation d’hydrocarbure en 2030, de rééquilibrer son mix au profit des énergies renouvelables, de mettre le développement durable au cœur de ses investissements d’avenir et de favoriser l’essor de l’économie circulaire.

Ensemble, parce que la ville durable est devenue une priorité de notre partenariat stratégique global. Et, c’est ici à Wuhan que nous voulons la concrétiser.

Mesdames et Messieurs,

Le choix de Wuhan est une évidence. Cette évidence découle de l’ancienneté et de la solidité des liens tissés entre la France, votre ville et la Province du Hubei.

Il y a près de trente ans, s’engageait une coopération universitaire désormais florissante, comme j’ai eu l’occasion de m’en réjouir en rencontrant, cette après-midi, les professeurs et les étudiants de WuDa.

Au début des années 1990, le groupe Peugeot-Citroën était, grâce à son partenariat avec Dongfeng, le pionnier de notre présence économique à Wuhan. S’y épanouit aujourd’hui un véritable complexe industriel franco-chinois.

Plus récemment, en avril 2012, Air France inaugurait la première liaison aérienne directe entre Wuhan et l’Europe.

Toutes ces réalisations, nous les devons à la clairvoyance et à l’engagement des autorités de la ville de Wuhan et de la Province du Hubei que je remercie chaleureusement pour leur soutien.

D’ores et déjà, les fondations de notre coopération pour la construction d’une nouvelle ville durable à Wuhan sont posées.

Ce sont d’abord tous ces projets concrets, que nous avons engagés en faveur de la recherche d’une nouvelle qualité environnementale. Déjà, nous travaillons à mieux traiter les boues d’épuration, à améliorer l’efficacité énergétique des bâtiments publics et à favoriser la réduction de l’empreinte écologique des transports par la création d’un hub intermodal à l’aéroport de Wuhan.

C’est ensuite la contribution de nos collectivités territoriales qui sont prêtes à partager leur expérience : la région Aquitaine, en matière de développement urbain durable ; le département de l’Essonne sur la qualité de l’air et de l’eau ; la ville de Bordeaux, s’agissant de l’évaluation et de la réduction des émissions de gaz à effet de serre ou de gestion de la ressource en eau.

C’est enfin la mobilisation de nos entreprises, qui établissent avec les vôtres des partenariats industriels ambitieux. L’exploitation du futur hub intermodal de l’aéroport, la construction du métro de Wuhan, l’usine de traitement des eaux usées ou le renouvellement urbain et la valorisation du patrimoine architectural de Wuhan sont autant d’exemples de ce que nous pouvons faire ensemble.

Notre coopération est d’autant plus forte qu’elle peut s’appuyer sur l’expérience acquise en France. Grâce aux efforts communs entre l’Etat, nos grands groupes et nos collectivités territoriales, nous travaillons à la démonstration en grandeur nature qu’une ville durable cohérente, pensée et gérée globalement, est possible.

Toutes les conditions sont donc réunies pour aller de l’avant dans la réalisation d’une nouvelle ville durable à Wuhan.

Les premières étapes ont été franchies, grâce aux discussions fructueuses conduites entre Martine Aubry, la représentante spéciale du ministre des Affaires étrangères pour le partenariat avec la Chine, Philippe Martin, le ministre de l’Ecologie, du Développement durable et de l’Energie, et tous leurs interlocuteurs chinois. Un site a même été identifié, à Caidian.

Le temps est donc venu de concrétiser ce projet qui, j’en suis sûr, fera date dans l’histoire des relations entre nos deux pays. C’est la volonté de la France et c’est ce que je vous propose aujourd’hui.

Je vous remercie.

Dernière modification : 09/12/2013

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