Déclaration à la presse de M. Emmanuel Macron, président de la République, à l’occasion de la visite d’État du président de la République populaire de Chine, M. Xi Jinping (Paris, 25 mars 2019) [中文]

Très bien, merci beaucoup et félicitations donc à l’ensemble des signataires de ces accords.

Monsieur le Président de la République populaire de Chine,

Mesdames, Messieurs les Ministres,

Mesdames, Messieurs,

Monsieur le Président,

La France est très heureuse de vous accueillir aujourd’hui avec votre épouse pour votre seconde visite d’État dans notre pays. Et permettez-moi d’abord et avant toute chose d’avoir un mot de condoléance après la catastrophe industrielle de Niancheng pour l’ensemble des familles et pour votre pays.

Heureux en effet de vous accueillir, vous êtes arrivé hier après-midi et serez avec nous jusqu’à demain après-midi car votre visite intervient dans un moment politique qui est important, d’abord pour nos relations diplomatiques puisque nous célébrons le cinquante-cinquième anniversaire de celles-ci. Et il y a là davantage qu’une commémoration mais bien l’occasion d’une réaffirmation de notre attachement à l’indépendance, au refus de la confrontation entre les blocs, à une certaine façon de regarder le monde tel qu’il est pour se donner les moyens d’y agir réellement. C’était le sens profond du geste du Général de Gaulle en 1964 à l’égard de la Chine populaire, le choix - je le cite - « de l’évidence et de la raison ». Ensuite parce que vous effectuez votre visite à un moment où l’Union européenne est à l’heure des choix. En effet, vous arrivez de Rome et nous étions hier dans un monument historique inspiré de la Grèce antique, deux références de la Renaissance européenne que j’appelle de mes vœux.

Et je crois dans la force des symboles : les lieux de nos rencontres disent beaucoup de notre regard sur le monde et de cette vision croisée que nous pouvons avoir. C’est aussi pour cela que j’avais commencé ma visite en Chine en janvier depuis 2018 à Xi’an sur le chemin des anciennes routes de la soie que la Chine propose aujourd’hui de retracer et que nous voulons comme autrefois à double sens. Et je crois qu’à l’intersection des grands desseins historiques que se donnent la Chine et l’Europe, il existe la possibilité d’une rencontre utile pour le monde, et je crois pouvoir dire que nos échanges hier soir comme aujourd’hui m’ont conforté en la matière. Enfin, cette visite est en effet nécessaire car elle intervient aussi à un moment où le cours du monde est bousculé, revisité dans certains de ses équilibres et, face au risque de destruction du système multilatéral, la Chine et la France - membres permanents du Conseil de sécurité des Nations unies - ont la responsabilité de tracer les voies de l’équilibre, de la coopération, dans le respect des souverainetés mais sur la base de règles du jeu définies en commun. C’est dans cet esprit d’ailleurs que nous aurons demain un échange avec la chancelière fédérale d’Allemagne, le président de la Commission européenne pour conclure une séquence de travail que nous avons commencée ensemble.

Notre relation bilatérale repose avant toute chose, je dois le dire, sur un agenda de confiance et de responsabilité. Nous en sommes convenus, le bilan des résultats obtenus sur la feuille de route que nous avions actée en janvier 2018 est bon. Il faut donc à la fois maintenir la méthode et le rythme et notre partenariat se doit à cet égard aussi d’être exemplaire sur les apports de la coopération internationale. Exemplaire sur la confiance nécessaire aux secteurs structurants de celui-ci. En matière de nucléaire civil, la mise en service commercial du premier réacteur EPR au monde à Taishan en décembre a été une avancée décisive amenée à se développer avec la mise en service d’un second réacteur en 2019. Sur l’usine de retraitement recyclage, la dynamique s’est accélérée au cours des dernières semaines, nous venons à l’instant d’échanger sur ce point, nous sommes convenus de redoubler d’efforts pour que les négociations commerciales et la signature de l’accord intergouvernemental puisse aboutir dans les meilleurs délais. Mais nous avons ensemble décidé de poursuivre le partenariat qui, depuis tant de décennies, a montré son efficacité. Sur l’aéronautique, la conclusion aujourd’hui d’un grand contrat en matière d’A320 et gros porteur A350 est une avancée importante et un excellent signal dans le contexte actuel, et je dois le dire dans la droite ligne de ce que vous m’aviez dit en janvier 2018, et donc de la force et de la fiabilité des échanges que nous avons noués. Partenariat exemplaire aussi en matière de rééquilibrage de nos échanges économiques et commerciaux. Sur ce point, les progrès à faire sont colossaux et nous devons donc y travailler d’arrache-pied, sujet par sujet, secteur par secteur.

Mais nous avons entendu et salué les messages d’ouverture de la Chine, en particulier lors de la Foire de Shanghai sur les importations, la France était présente, et cela nécessite notamment un meilleur accès au marché pour nos entreprises en Chine, un plus grand partenariat de confiance dans les échanges, des progrès tangibles en matière d’environnement des affaires et de concurrence équitable et c’est cette voie que vous avez décidée, en particulier avec des lois récentes, et c’est une amélioration conjointe, partenariale que nous avons mise en œuvre depuis un peu plus d’un an. En matière d’agroalimentaire, les progrès ont été importants avec la levée de l’embargo sur le bœuf, suivie aujourd’hui de la levée de l’embargo sur la volaille, de l’octroi d’agréments dans plusieurs de nos filières et d’une réforme profonde en matière de zonage qui était profondément attendue. Je remercie le Président pour son impulsion dans ce domaine important pour nos deux pays. De nombreux accords commerciaux sont également scellés aujourd’hui dans des domaines qui sont au cœur des défis de la Chine pour son développement : la santé, le vieillissement, les infrastructures urbaines, les transports, les énergies renouvelables, le secteur financier. Ce sont des secteurs où nos grands groupes sont très performants mais également nos petites et moyennes entreprises comme nos entreprises de taille intermédiaire, et je salue à cette occasion la création du Fonds d’investissements d’1 milliard d’euros que nous venons de saluer et qui permettra d’accompagner l’internationalisation de nos PME et ETI vers la Chine mais participera aussi de cette internationalisation de votre économie.

Dans le domaine des sciences, des technologies et de l’innovation, les entreprises-pilotes du plan « industries du futur » ont noué de véritables synergies avec leurs partenaires chinois dans des domaines-clés, tels que la pollution industrielle et la gestion des surcapacités, en ligne avec les ambitions que s’est donnée la Chine là aussi. Dans le spatial, après avoir lancé en octobre le premier satellite franco-chinois d’observation des océans. Nous scellons aujourd’hui un partenariat sur l’astrophysique, la surveillance du climat et l’exploration spatiale. J’en profite pour saluer, Monsieur le Président, l’exploit réussi par la Chine sur la face cachée de la lune, et vous dire notre volonté de poursuivre notre partenariat dans ce domaine, sur terre comme sur les corps célestes. Nos coopérations dans le domaine culturel connaissent un dynamisme sans précédent, là aussi. Les projets de Centre Pompidou à Shanghai et de musée Rodin à Shenzhen se concrétisent. De grands projets sont actés, la plus grande exposition des œuvres de Picasso en Chine cette année, la Chine à Versailles et la Cité Interdite, l’Institut du monde arabe prépare, comme je vous en avais fait la proposition, une grande exposition à Paris sur les anciennes routes de la soie. Nous avons décidé que l’année 2021 serait celle du tourisme culturel entre nos deux pays et, je dois le dire, toutes ces initiatives, amorcées ces derniers mois et portées ensemble, ne sont pas un hasard. Elles traduisent un état d’esprit commun, celui de retrouver véritablement ce qui fait l’essentiel de notre lien, le socle de notre capacité à nous comprendre, et d’y faire participer la jeunesse, comme nous le faisons avec la mise en place à la rentrée prochaine, à Shanghai, d’un institut franco-chinois de management de la culture et des arts. La jeunesse est aussi au cœur de nos priorités en cette année qui marque le centenaire de l’arrivée d’étudiants chinois en France, parmi lesquels Chuan Lai et Den g Xiaoping, mais aussi de nombreux artistes peintres, dont Paul Valéry avait alors su saisir tout le raffinement et le talent, et nous sommes très heureux, je vous le redis, Monsieur le Président, d’accueillir près de 40.000 étudiants chinois en France. Nous voulons que la France soit pour eux accueillante et attractive, et nous avons aussi décidé de renforcer en la matière notre coopération sur la mobilité, la formation professionnelle et la coopération éducative et linguistique.

Nous avons enfin acté le renforcement de nos échanges sportifs pour la préparation des Jeux olympiques de 2022 et 2024, mais également sur le football, dont je vous sais amateur, Monsieur le Président, domaine dans lequel la France conserve une longueur d’avance encore, mais ne manque pas, là aussi, de faire du transfert de technologies avec la création d’un centre de Clairefontaine à Pékin.

Mais, au-delà de la relation bilatérale, nous avons placé au centre de nos discussions la question du partenariat entre la Chine et l’Europe. Le choix de l’évidence et de la raison au XXIème siècle, je suis convaincu qu’il est là, dans un partenariat euro-chinois fort, défini sur des bases claires, exigeantes et ambitieuses. Et je vois, à cet égard, 3 axes principaux. D’abord, la construction d’un multilatéralisme fort et efficace, avec, en son centre, l’action pour le climat et la biodiversité. J’y reviendrai car, sur ce point, nous avons acté ensemble des résultats très importants. Ensuite, la mise en place d’un partenariat économique et commercial respectueux de nos intérêts mutuels, et bâti sur véritablement un cadre loyal, équilibré, dont nous aurons l’occasion de discuter demain, et qui est essentiel dans un moment où la conflictualité pourrait augmenter dans notre environnement commun, et où nous avons, je crois, le souhait de maintenir des équilibres et le respect de chacun.

Enfin, la coopération sur des projets concrets en pays tiers, le long des routes de la soie, dans le respect des pays traversés, des normes internationales que nous définissons au G20, et en pleine cohérence avec nos engagements climatiques. C’est d’ailleurs sur ce point ce que la France et la Chine font aujourd’hui, en adoptant une liste de projets concrets en pays tiers qui respectent ces critères. Cela suppose que l’Europe soit unie et se dote d’une stratégie cohérente dans le dialogue qu’elle établit avec la Chine, comme avec ses autres grands partenaires. C’est ce que nous sommes en train de faire sur les investissements stratégiques comme sur les infrastructures critiques. Nous nous donnons les moyens de la souveraineté, comme la Chine l’a toujours fait, sans aucune discrimination à l’égard des investissements étrangers, qui sont les bienvenus, en France comme en Europe, mais avec le souci de cette souveraineté bien comprise. Cela nous permettra de poser les bases de coopération durable dans l’ensemble des secteurs, avec une cartographie claire, lisible, et de rester l’économie ouverte aux investissements et aux échanges, dont nous avons besoin et dont la Chine a besoin, puisque l’Union européenne est aujourd’hui son premier partenaire commercial. Cela suppose aussi que nous puissions avoir un dialogue bâti sur le respect mutuel et la franchise, et nous en avons longuement parlé en ce début d’après-midi.

L’Union européenne est en effet fondée sur le respect des libertés individuelles et des droits fondamentaux, de cet esprit des Lumières qui place le respect de l’individu au-dessus de tout, et qu’elle n’a jamais considéré comme une spécificité culturelle mais comme un fait universel juridiquement garanti par le droit international existant. C’est pour cela que la France aborde cette question dans son dialogue avec la Chine pour exprimer les préoccupations qui sont les nôtres et celles de l’Europe sur la question du respect des droits fondamentaux en Chine, et sur plusieurs cas individuels sur lesquels nous avons discuté ensemble. Et nous avons eu sur ce sujet, comme à chacune de nos rencontres, des échanges francs, je dois le dire, Monsieur le Président, et dont je vous remercie une fois encore, qui doivent nous permettre des avancées concrètes. La dimension multilatérale de notre partenariat stratégique global est également essentielle. Je ne crois pas à l’efficacité des postures de confrontation, mais à l’exigence de l’esprit de coopération. Cette ligne, je crois pouvoir dire que nous la partageons. Nous avons échangé sur la crise que traverse aujourd’hui la gouvernance mondiale et sur les moyens d’y remédier. Aucun pays, si puissant soit-il, ne peut redéfinir à lui seul les règles du jeu international, et aucun pays, si puissant soit-il, ne sortira gagnant si le système multilatéral implose. Et à cet égard, nos deux pays ont un rôle décisif à jouer en tant que membres permanents du Conseil de sécurité des Nations unies.

Nous avons ainsi confirmé notre volonté de maintenir l’accord de 2015 avec l’Iran et de parvenir, par le dialogue et dans le plein respect des résolutions du Conseil de sécurité, à la dénucléarisation complète, vérifiable et irréversible de la péninsule coréenne. Nous avons également, je le disais, beaucoup avancé sur le climat et la biodiversité, et je veux ici, tout particulièrement, vous remercier, Monsieur le Président, car vous n’avez jamais manqué à vos devoirs sur ce sujet, et même plus encore. Nous avons, en effet, dégagé, lors de nos échanges et de la préparation de cette rencontre, comme durant les dernières heures, des convergences nouvelles très importantes, en particulier nous avons acté un engagement commun sur la mise en oeuvre de l’engagement de Kigali sur les HFC, essentiel pour la réduction des gaz à effet de serre. L’amélioration de l’efficacité des standards énergétiques, la réorientation des flux financiers vers la lutte contre le changement climatique , l’alignement des pratiques des institutions de développement avec les objectifs de l’accord de Paris. Comme nous l’avons fait en marge du G20 pour la COP24, nous allons jouer ensemble un rôle moteur pour que le sommet de New York de septembre prochain soit décisif et que les grands rendez-vous de 2020 soient tenus. Le réhaussement du niveau d’ambition, l’adoption d’un pacte mondial pour l’environnement et un cadre ambitieux pour la protection de la biodiversité définis par la COP15 de Pékin. Mais je veux véritablement souligner l’importance des avancées sur le climat et la biodiversité actées lors de nos échanges. Nous avons également évoqué les tensions commerciales qui menacent l’économie mondiale.

Nous avons réaffirmé notre refus de la guerre commerciale préjudiciable à tous et notre volonté de travailler ensemble à la modernisation du système commercial multilatéral. Si nous voulons le préserver, il ne suffira pas de proclamer notre attachement à ce système mais nous devons nous attaquer ensemble aux racines du rejet de la mondialisation et des inégalités qu’elle a engendrées. C’est l’objet du travail mené par la Chine et l’Union européenne sur les questions de transparence, de subventions industrielles et de transferts de technologie que la France soutient pleinement. Enfin nous avons évoqué le rôle de l’Afrique qui, dans la redéfinition des équilibres mondiaux en cours, est essentielle. Nous ne sommes pas en Afrique des rivaux stratégiques mais nous pouvons y être davantage des partenaires dans la durée sur les plans de la sécurité, de l’éducation, des infrastructures et du développement. Je salue la contribution importante apportée par la Chine aux pays de la fo rce conjointe du G5 Sahel. Nous avons décidé d’apporter notre plein soutien à des projets conjoints, comme celui sur lequel l’AFD et la CDB travaillent au Sénégal, dans le plein respect de la souveraineté et des choix des pays concernés, et en cohérence avec nos engagements internationaux, notamment climatiques. Je souhaite que nous puissions continuer à avancer ensemble sur cet agenda de sécurité, de développement équilibré, en particulier en lien avec le club de Paris, et respectueux de nos engagements climatiques. Monsieur le Président, je veux à nouveau vous remercier d’avoir accepté mon invitation à effectuer, cette année, une visite d’État dans notre pays. Je vous l’ai dit, la France veut être pour la Chine un partenaire fiable, clair et cohérent. La confiance nécessite du temps. Nous vous avons tôt reconnu et ce 55ème anniversaire, alors même que vous fêtez le 70ème anniversaire de la République, montre que nous sommes ensemble depuis quelque temps maintenant. Mais je crois que nos échanges ont montré que nous souhaitons poursuivre, là aussi, dans la durée, et c’est cette volonté de partager une même lecture du monde avec nos différences, mais respectueux l’un de l’autre, c’est cet engagement de régularité dans nos échanges, d’exigences et de franchise, qui me rend confiant, confiant sur la relation bilatérale et la dynamique que nous avons su lui réinsuffler, confiant sur le partenariat que la Chine et l’Europe sont en train de consolider ; mais confiant aussi sur le rôle que nous pouvons ensemble jouer pour un monde de coopération, d’équilibre, et qui tient sa promesse, la première étant celle que nous devons aux générations à venir. Merci à nouveau, Monsieur le Président, pour votre présence et les avancées portées lors de cette visite./.

(Source : site Internet de la présidence de la République)

Dernière modification : 27/03/2019

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