Débat ouvert « Répondre aux effets des catastrophes climatiques sur la paix et la sécurité » [中文]

Intervention de la représentante permanente adjointe de la France auprès des Nations unies - Conseil de sécurité (New York, 25 janvier 2019)

Monsieur le Président,

Messieurs les Ministres,

Je voudrais féliciter la présidence dominicaine pour l’organisation de ce débat. Votre pays est sur la ligne de front du dérèglement climatique et vous avez justement fait de cette thématique une priorité de votre mandat au Conseil.

Je tiens également à remercier nos intervenants pour la grande qualité de leurs exposés. La mobilisation des jeunes, présentée par Mme Getschel, est un gage important d’espoir que nous ne devons pas décevoir.

Monsieur le Président,

Le niveau de participation à ce débat démontre, si besoin était, d’une prise de conscience large que les impacts du dérèglement climatique sur la paix et la sécurité internationales doivent être mieux appréhendés par les Nations unies et plus spécifiquement par le Conseil de sécurité.

Les conséquences des changements climatiques sur la sécurité sont considérables. Les impacts des catastrophes climatiques sur la situation humanitaire, sur la sécurité alimentaire et sanitaire et plus globalement sur les équilibres économiques, démographiques et sociaux d’une communauté humaine peuvent être tels qu’ils contribuent à des crises internes, elles-mêmes susceptibles de déboucher sur des crises régionales et internationales ou d’aggraver des conflits existants.

Les risques ne connaissent pas de frontières, nous partageons donc la responsabilité de les gérer collectivement. L’accord de Paris nous fixe le cap : limiter le réchauffement climatique à 2°C, si possible 1.5°C, et nous appelle à accroître la capacité d’adaptation et de résilience au changement climatique, notamment dans les pays les plus vulnérables, et rendre les flux financiers compatibles avec une telle limitation de la hausse globale de la température. L’accord de Paris est désormais doté de règles d’applications et je tiens à saluer à cet égard le rôle de la présidence polonaise de la COP24.

Le relèvement collectif de l’ambition est désormais indispensable. Le sommet climat du 23 septembre prochain arrive à temps pour créer les conditions d’une telle hausse de nos ambitions. La France y prendra toute sa part puisque lui a été confiée la tâche, avec la Jamaïque, de travailler sur la finance et les financements climat. Je suis certaine que ce sommet enverra aussi un message fort à notre Conseil, qui doit s’emparer de la question des risques que les effets du changement climatique représentent pour notre paix et notre sécurité communes.

C’est pour anticiper, prévenir et limiter ces effets que nous devons agir.

Dans ce cadre, je voudrais vous faire part de trois convictions de la France :

1/ La première c’est que les risques pour la sécurité internationale des impacts du changement climatique doivent devenir un élément central de l’agenda de prévention des conflits. Nous devons mettre en place une diplomatie préventive qui intègre l’ensemble des facteurs déstabilisateurs, y compris ceux liés aux changements climatiques et à l’effondrement de la biodiversité.

2/ La seconde c’est qu’une analyse rigoureuse et régulière de ces risques est nécessaire et d’intérêt public international ; les Nations unies, et en leur sein, le Conseil de sécurité et le Secrétaire général doivent jouer un rôle pivot à cet égard.

3/ La troisième conviction c’est que cette analyse des risques doit s’accompagner de mesures de prévention qui seront mises en œuvre par les gouvernements nationaux, les organisations régionales, les partenaires de développement et les agences des Nations unies.

Forte de ces convictions, la France souhaite travailler avec tous les Etats-membres sur plusieurs propositions qu’elle a partagées, dont deux principales :

1/ La première proposition vise à nous doter d’un outil collectif d’analyse et d’alerte précoce des impacts du changement climatique sur la paix et la sécurité mondiales. Les données et les outils d’analyse existent. Mais ils sont dispersés, dans des think-tanks, entre les États et au sein même des Nations unies entre ses différentes agences. Il s’agit de les rassembler en un point central et de leur donner un écho. Ce qui manque en effet c’est une sentinelle, garante du message scientifique, pouvant cristalliser un consensus sur les liens entre climat et sécurité. La France souhaite que le Secrétaire général joue ce rôle en présentant chaque année à l’Assemblée générale et au Conseil de sécurité un rapport qui fasse un état des lieux des risques pour la paix et la sécurité que font peser les impacts des changements climatiques, dans toutes les régions du monde, et à différents horizons de temps.

Il est également important de pleinement mettre en œuvre la commande formulée par ce Conseil dans sa déclaration de juillet 2011 adoptée à l’initiative de l’Allemagne que les rapports du Secrétaire général sur les conflits à l’agenda du Conseil contiennent une information contextualisée concernant les répercussions des changements climatiques dans ces conflits.

C’est ainsi que nous pourrons anticiper et mettre en place des réponses appropriées face à des menaces pour la paix et la sécurité qui sont déjà présentes dans certaines régions, comme au Sahel ou dans les Etats insulaires, mais aussi parfois moins immédiates, comme en Afrique australe, Amérique Centrale ou en Asie du Sud-Est, mais qui le moment venu, pourraient avoir des conséquences tout aussi dévastatrices sur la sécurité.

À titre national, la France a engagé des programmes de recherche pour élaborer une typologie des crises pour les régions les plus vulnérables, notamment dans l’espace méditerranéen et dans le Pacifique. Ces travaux pourront nourrir les analyses des Nations unies.

2/ Monsieur le Président, la deuxième proposition de la France porte sur le rôle des Nations unies dans l’élaboration de recommandations d’actions concrètes pour prévenir les conflits.

Face à ces risques pour la sécurité, nous devons mobiliser une large palette d’outils, de l’aide d’urgence à des politiques de développement. Dans certains cas, comme après un événement climatique extrême, il faudra des mesures d’urgence humanitaire. Dans d’autres cas, il faudra aider des communautés à s’adapter face à la montée inéluctable des eaux, à la sècheresse et à la dégradation des sols. Parfois, il faudra anticiper en dotant par exemple les petits producteurs de mécanismes d’assurance qui leur permettent de redémarrer une activité économique rapidement après un désastre climatique plutôt que de devoir migrer vers d’autres zones.

Monsieur le Président,

Les Nations unies peuvent et doivent jouer un rôle important dans l’élaboration de ces recommandations, puis dans la coordination des efforts qui devront être mis en œuvre.

À titre national, les pays bailleurs de fonds comme la France doivent adapter leurs politiques de développement.

À cet égard, la France a engagé plusieurs projets, dont l’initiative CREWS - Climate Risk and Early Warning Systems - avec l’Organisation météorologique mondiale (OMM), le dispositif mondial pour la réduction des risques de catastrophes (GFDRR) et Le Bureau des Nations unies pour la réduction des risques de catastrophe (l’UNISDR) qui vise à renforcer les capacités des systèmes d’alerte précoce dans les pays les moins avancés et les petits Etats insulaires en développement face aux évènements climatiques extrêmes. À ce stade, près de 40 millions d’euros sur 100 ont déjà été versés, permettant le financement de 5 projets nationaux, 3 projets régionaux multi-pays, aux Caraïbes, en Afrique de l’Ouest et dans le Pacifique, ainsi qu’une étude post-désastre dans les Caraïbes.

Monsieur le Président,

Face à ces risques certains, nous ne pouvons pas nous réfugier dans le déni ou la désinformation. Nous pouvons anticiper et répondre à ces risques et prévenir des conflits. C’est le rôle des Nations unies, et c’est le rôle de ce Conseil. La France s’engage à travailler, sans relâche, avec vous tous, pour faire vivre cet objectif dans les prochains mois.

Je vous remercie.

Dernière modification : 29/01/2019

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