Conférence sur l’histoire du vocabulaire français

Comment la langue française a-t-elle enrichi son vocabulaire au cours des siècles ? C’est une des questions à laquelle a répondu M. Olivier BERTRAND, chercheur au CNRS et professeur de linguistique historique à l’université Cergy-Pontoise et à l’Ecole Polytechnique, le 6 mars 2013 à l’université de l’Anhui à Hefei.

M. BERTRAND a tout d’abord rappelé aux étudiants et enseignants du département de français que le vocabulaire d’une langue est le fruit de multiples interactions linguistiques. Le vocabulaire se crée et s’enrichit en partie grâce aux emprunts qu’elle fait à d’autres langues, mais aussi en calquant des expressions étrangères (ex : lune de miel, calque de l’anglais honeymoon), ou encore en ayant recours au néologisme sémantique. Le linguiste a ensuite esquissé l’évolution du vocabulaire français à travers les siècles. Issu à 87% du latin, le français a aussi bien emprunté au latin classique qu’au latin populaire, mais alors que le latin populaire a donné des mots utilisés dans le langage standard, certains termes techniques sont pour leur part issus du latin classique : caballus (latin populaire) a donné cheval au XIème siècle tandis que equss (latin classique) a donné équestre et équitation au XVIème siècle.

Un apport important au vocabulaire scientifique et médical français est celui de la langue arabe. Les connaissances scientifiques de haut niveau de la civilisation arabe ont largement influencé la langue française au Moyen-Âge, en contribuant à de nombreux mots en mathématiques (chiffre), chimie (alambic), médecine (sirop) mais aussi en zoologie (alezan) et botanique (artichaut). D’autres mots arabes ont quant à eux été rapportés à l’époque des croisades : émir, matelas. L’influence de la langue anglaise est quant à elle plus récente. Alors que certains puristes s’inquiètent de la place prépondérante que prend l’anglais dans notre langue, le conférencier a rappelé que Guillaume Ier d’Angleterre, aussi connu sous le nom de Guillaume le Conquérant de Normandie, a apporté le normand à la cour d’Angleterre au XIème siècle et que le français était la langue de la cour pendant plusieurs siècles. La devise de l’Angleterre est toujours en français : “Dieu et mon droit” et on peut toujours lire “Honni soit qui mal y pense”, en français, sur le blason de la reine d’Angleterre. En outre, certains des mots anglais qu’on retrouve aujourd’hui en français sont en fait des mots d’origine normande. Le professeur n’a pas omis de parler de l’apport du grec, des influences germaniques (vocabulaire de la guerre et des institutions) et gauloises (noms de villes), ainsi que des influences minoritaires mais néanmoins réelles des langues scandinaves, slaves, africaines et asiatiques sur la langue française.

Fort de son expérience d’enseignant pour des étudiants internationaux, M. Olivier BERTRAND a animé une conférence interactive où s’est révélée sa passion pour l’histoire du vocabulaire de la langue française.

M. BERTRAND et son auditoire - JPEG

M. Olivier BERTRAND sera présent à l’Alliance française de Shanghai (297 rue Wusong, 6ème étage, Salle Marseille ; entrée gratuite) samedi 9 mars à 14h pour donner, dans le cadre de la 18ème fête de la francophonie, une autre conférence sur « Les emprunts entre les langues ».

Dernière modification : 15/08/2014

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