Conférence de presse conjointe de M. Emmanuel Macron, président de la République, de M. Xi Jinping, président de la République populaire de Chine, de Mme Angela Merkel, chancelière de la République fédérale d’Allemagne, et de M. Jean-Claude Juncker, président de la Commission européenne - Propos de M. Macron (Paris, 26 mars 2019) [中文]

Monsieur le Président de la République populaire de Chine,

Madame la Chancelière de la République fédérale d’Allemagne,

Monsieur le Président de la Commission européenne,

Mesdames et Messieurs, chers amis,

Je tiens tout d’abord à remercier, en notre nom à tous, le président Xi Jinping d’avoir accepté de participer à cet échange à l’occasion d’une visite d’État bilatérale. Le dialogue entre la Chine et l’Europe est en effet devenu incontournable pour la définition des équilibres mondiaux, pour la préservation du multilatéralisme, surtout dans le contexte que nous connaissons et une crise sans précédent dans notre histoire récente.

Nous venons d’avoir, tous les quatre, une discussion, pendant un peu plus d’une heure, très fructueuse sur ces sujets, de manière très libre, évoquant à la fois la relation bilatérale entre la Chine et l’Union européenne mais également nos visions du multilatéralisme, et de nos discussions très constructives, je retiens au fond quatre points de convergence.

Le premier est la nécessité de construire ensemble un multilatéralisme fort en termes de paix et de sécurité internationale. Et, je dois le dire, il y a sur ce point un vrai travail conjoint entre la Chine et l’Union européenne, travail qui a été conduit, par exemple, pour préserver l’accord de 2015 sur le nucléaire iranien. C’est la même perspective commune que nous avons pour assurer la dénucléarisation de la péninsule coréenne, dans le plein respect des résolutions du Conseil de sécurité, et c’est également sur cet axe que nous voulons travailler ensemble pour faire davantage en matière, justement, de développement et de sécurité sur le continent africain, où l’Europe et la Chine sont très présentes.

Le deuxième point de convergence est de bâtir ce multilatéralisme fort sur le sujet climatique. Nous devons, en effet, répondre à cette urgence. Le Secrétaire général des Nations unies nous a écrit un mot pour justement insister sur cet agenda climatique, qu’il a mis au cœur des ambitions, en particulier, du sommet de septembre prochain. Très clairement, nous avons ensemble les moyens d’agir. Nous avons su donner l’impulsion au G20 pour l’adoption des règles d’application de l’accord de Paris. Nous devons maintenant passer à la vitesse supérieure, et l’accord qui a été signé sur le plan bilatéral entre la Chine et la France, et qui est rendu public ce matin, est pour moi un point d’avancée extrêmement fort sur ce sujet. Je veux vraiment remercier le président Xi Jinping des indications claires qu’il donne sur les ambitions de la Chine en matière de réduction, justement, des émissions de gaz à effet de serre, de volonté de s’engager dans des actions très concrètes, sur des questions telles que le financement du développement, ou encore la mise en œuvre de l’amendement de Kigali sur les HFC, ce qui est un point et un combat essentiel que nous voulons mener ensemble pour justement tenir nos engagements internationaux en matière climatique. L’Union européenne sera aussi présente pour assurer, justement, ce leadership, mais cet agenda climatique est, pour moi, à côté des sujets de sécurité et de paix, un élément extrêmement structurant de ce multilatéralisme fort auquel nous croyons beaucoup et dont nous venons de parler.

Le troisième point de convergence est la nécessité que le partenariat entre la Chine et l’Europe soit exemplaire de l’esprit de coopération qui est celui du multilatéralisme, et, au fond, de bâtir ce que nous avons qualifié de confiance stratégique entre nous. Nous avons longuement débattu des sujets de partenariat, d’amitié, de rivalité, qui existent et qui font partie justement de l’univers dans lequel nous avançons, mais la volonté qui est la nôtre, c’est d’avoir un agenda de confiance stratégique. L’Union européenne forme avec la Chine l’un des trois grands pôles économiques du monde. L’ouverture du marché européen a accompagné à cet égard la spectaculaire émergence de la Chine, qui a sorti 700 millions de personnes de la pauvreté. Ces progrès considérables ont, dans le même temps, engendré de profondes transformations et des tensions dans nos sociétés. Nous en avons fait l’expérience, nous les connaissons, avec des déséquilibres qui ont émergé sur le plan de la produc tion ou des conséquences économiques et sociales, des tensions profondes qui font naître un besoin de protection légitime. Je crois que notre volonté commune est d’éviter que la réponse à ces tensions ne soit dans la fracturation de l’ordre international commercial, dans une nouvelle conflictualité commerciale ou dans des politiques d’isolation ou de repli.

Ce que nous voulons bâtir ensemble, c’est un cadre multilatéral rénové, plus juste, plus équilibré, et, alors même que l’Union européenne est l’une des économies les plus ouvertes au monde, de pouvoir œuvrer ensemble, dans les prochains jours, lors du sommet Union européenne-Chine, avec le point de rendez-vous du G20 d’Osaka et dans les mois qui viennent, sur un agenda conjoint de modernisation du multilatéralisme commercial pour, dans notre intérêt commun et dans celui de la planète, bâtir de nouvelles formes de concurrence loyale et de bâtir justement ces nouveaux équilibres. Nous devons donc, à cet égard, accélérer les travaux qui sont actuellement menés entre la Chine et l’Union européenne sur la modernisation de l’OMC pour mieux répondre, dans un cadre coopératif, aux questions de transparence, de surcapacité, de subvention d’État et de règlement des différends. Nous en avons la volonté, nous en avons longuement parlé, et l’enjeu est aussi de démontrer dans les faits que la coopération rapporte plus que la confrontation, et que nous avons plus à gagner à l’ouverture qu’à la fermeture.

Là aussi, le partenariat entre l’Europe et la Chine peut et doit être exemplaire, en aboutissant à des résultats tangibles lors du prochain sommet Union européenne-Chine, en particulier sur l’accord global sur les investissements et sur les indications géographiques.

Et puis le quatrième axe, pour moi, de convergence de notre discussion, est la nécessité de renforcer notre dialogue pour une vision commune de l’avenir du multilatéralisme à travers les initiatives qui sont menées de part et d’autre. La Chine joue en effet aujourd’hui le rôle qui correspond à son rang et à sa puissance, et l’initiative des routes de la soie que vous avez proposée au monde, Monsieur le Président, est un geste extrêmement structurant qui peut contribuer à la stabilité, au développement, à la coexistence pacifique entre les peuples.

De son côté, l’Union européenne, qui est le plus grand bailleur mondial d’aide au développement, doit aussi jouer pleinement son rôle sur la scène internationale, et je crois que c’est dans l’articulation de ces initiatives que nous pouvons bâtir quelque chose d’extrêmement novateur et structurant. En effet, il nous faut réussir à définir, et je crois en cette possibilité, un agenda commun justement de connectivité, où nous pourrons bâtir des infrastructures et des équipements, tenir nos engagements climatiques et le faire avec beaucoup de scrupules, avoir une politique en matière d’éducation et de santé extrêmement forte, et avoir un agenda de soutenabilité financière pour tous les pays tiers partenaires à ces initiatives.

Au fond, si nous respectons ce cadre conjoint dont nous avons beaucoup parlé ce matin, nous pouvons, je le crois, non seulement sortir beaucoup de pays et de peuples de la pauvreté, les aider, mais le faire de manière extrêmement inclusive et durable. Et c’est là que je vois ce que j’appellerais les nouveaux liens d’équilibre, que nous pouvons bâtir. Il y a des routes et des agendas multiples, et ces nouveaux liens d’équilibre sont ce que nous pouvons créer, et c’est peut-être ce point d’appui qui serait un peu le point d’Archimède pour bâtir ce nouveau multilatéralisme et ce cadre de coopération.

Au total, pour atteindre ces objectifs, c’est à dire un multilatéralisme fort, l’esprit de coopération et ce nouveau lien d’équilibre, nous souhaitons pouvoir avancer sur la construction d’un multilatéralisme rénové. Nous avons des divergences, évidemment l’exercice de la puissance dans l’histoire de l’humanité ne va pas sans rivalités. Nul d’entre nous n’est naïf. Nous respectons la Chine et nous sommes déterminés au dialogue et à la coopération, et nous entendons naturellement de nos grands partenaires qu’ils respectent, eux aussi, l’unité de l’Union européenne comme les valeurs qu’elle porte pour elle-même et dans le monde. Autour de ce respect des souverainetés, de la construction de ces nouveaux équilibres et de la construction d’un cadre rénové loyal, je crois que nous avons, Monsieur le Président et chers amis, le chemin pour bâtir ce nouveau lien.

Voilà ce que je voulais dire de nos convergences et de nos échanges. Confucius disait que trois sortes d’amis sont utiles et trois sont néfastes. Les utiles sont un ami droit, un ami fidèle, un ami cultivé. Les néfastes sont un ami faux, un ami mou, un ami bavard. Monsieur le Président de la République populaire de Chine, sachez que vous avez dans cette salle des amis droits dans leurs exigences, fidèles à ce qu’ils sont et à leur amitié avec la Chine, et, pour éviter d’être un ami trop long, je m’arrête là et je vous cède avec beaucoup de plaisir la parole, en vous remerciant à nouveau d’être là./.

(Source : service de presse de la présidence de la République)

Dernière modification : 27/03/2019

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