Conférence de presse conjointe de M. Édouard Philippe, Premier ministre et de M. Li Keqiang, Premier ministre de la République populaire de Chine à Pékin [中文]

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Seul le prononcé fait foi

Monsieur le Premier ministre,
Mesdames et Messieurs les ministres,
Mesdames et messieurs,

Je voudrais d’abord remercier les autorités chinoises pour l’excellent accueil qui nous a été réservé à la délégation que j’ai l’honneur de conduire ainsi qu’à moi-même durant ces quatre jours. Nous avons eu le privilège de découvrir Shenzhen et de retrouver avec bonheur Shanghai et Beijing.

Nous venons d’avoir avec monsieur le Premier ministre Li Keqiang un échange approfondi après que je me suis entretenu dans le courant de la journée avec le président, Xi Jinping et le président de l’Assemblée nationale, monsieur Li Zhanshu. Cette première visite en qualité de Premier ministre, un peu plus de cinq mois après la visite d’Etat du président de la République française, témoigne je crois de l’intensité des relations que nous voulons avoir et entretenir entre nos deux pays.
Mon déplacement manifeste notre engagement à mettre en oeuvre sans tarder et dans les meilleures conditions la feuille de route qui a été décidée en janvier dernier par nos chefs d’Etat. Ces quatre jours en Chine, à la rencontre de nos partenaires chinois, des entreprises françaises installées ici, de la communauté française qui vit en Chine, m’ont très largement conforté dans la conviction qui est la mienne que le renforcement des échanges entre la France et la Chine peut utilement contribuer à la paix, au développement international ainsi qu’à la prospérité de nos deux pays dès lors que ce partenariat est équilibré, exigeant, fondé sur un esprit d’ouverture et de réciprocité.

Nous venons de l’évoquer avec le Premier ministre chinois, la France et la Chine doivent relever ensemble un certain nombre de défis mondiaux communs : lutte contre le changement climatique - tout le monde a ici conscience du rôle particulier joué par la Chine et par la France dans la conclusion de l’Accord de Paris et par l’engagement ferme et déterminé de nos deux Etats dans ce défi, dans la façon dont nous pouvons trouver des solutions à ce défi qui est posé certes à nos deux pays mais plus largement à toute l’humanité - la protection de l’environnement, l’élaboration d’un pacte mondial pour l’environnement.

Voilà des sujets sur lesquels nous nous retrouvons et je voudrais d’ailleurs saluer le vote favorable en mai dernier de la Chine à la résolution de procédure de l’Assemblée générale de l’ONU. Mais les défis communs ce sont aussi les crises régionales, le terrorisme international, la prolifération qui menace directement notre sécurité.

Comme vous l’avez dit monsieur le Premier ministre, le contexte international actuel est marqué par la tentation du repli sur soi et par la montée des protectionnismes. J’ai bien entendu et salué le discours d’ouverture des autorités chinoises, notamment au Forum de Boao en avril dernier. Nos deux pays doivent oeuvrer main dans la main pour sauvegarder le système commercial multilatéral et surtout pour traiter les causes profondes de la défiance qu’éprouvent certains de nos concitoyens dans le commerce international.

À cet égard, la Chine peut jouer un rôle décisif vu l’état des défis en cours et c’est cet agenda de responsabilité - qui nous permet de nous dire les choses clairement sans laisser l’incompréhension ou la défiance s’installer - qui a été proposé par le président de la République et qui doit en être la méthode.

Sur le plan économique bilatéral, cette visite a été l’occasion de concrétiser des avancées réelles dans des secteurs historiques de notre partenariat stratégique et de dégager de nouveaux secteurs pour le XXIème siècle, en particulier dans le développement durable et dans l’innovation.

Au rang des concrétisations, je pense tout particulièrement à la lettre de couverture relative au projet d’usine de retraitement-recyclage des déchets nucléaires signée par ORANO et CNNC et à la mise en service commerciale prochaine du premier EPR au monde à Taishan. Ces éléments confirment le caractère stratégique de notre partenariat industriel dans ce domaine qui a été engagé il y a bien longtemps, qui dure, qui se raffermit et qui peut nous laisser espérer de beaux jours devant nous.
De même, je pense à la signature du protocole sanitaire d’exportation de la viande bovine française vers la Chine ainsi qu’à l’ouverture du marché chinois aux semences bovines. Ces accords, sur lesquels les deux chefs d’Etat s’étaient engagés en janvier dernier et qui sont donc réalisés aujourd’hui moins de six mois après cet engagement, permettront aux consommateurs chinois d’apprécier l’excellence du terroir français. Je me réjouis également que la Chine ait confirmé sa volonté forte de concrétiser prochainement les engagements pris en janvier s’agissant des acquisitions d’AIRBUS et même d’en envisager de nouvelles.

Quant au partenariat d’avenir que mon déplacement entendait incarner : le développement durable, l’innovation, la façon dont la coopération économique entre la France et la Chine peut passer de ces très grands projets industriels - qui doivent demeurer - de cette implantation des grandes entreprises de consommation, de distribution à des projets portés par des petites entreprises françaises et chinoises très innovantes, très technologiques, très audacieuses.

Je crois que le déplacement a permis d’illustrer le bien-fondé de ces nouvelles perspectives. Nous avons vu à Shanghai un nouveau mode de transport en commun, un métro tout automatique qui est opéré par KEOLIS et qui est construit dans le cadre d’une joint-venture entre le métro de Shanghai et l’entreprise de transport français.

Je pense aussi à cette présence importante en Chine de la French Tech ou à la possibilité de commercer plus intelligemment entre les grandes infrastructures chinoises et françaises. Je pense notamment à l’accord qui a été signé entre le port de Shanghai et le grand port maritime de Marseille. C’est ce qu’entendait illustrer la composition de la délégation de chefs d’entreprises qui m’accompagnait. Essayer de montrer les synergies entre l’industrie du futur à la française et la stratégie formulée par la Chine du China manufacturing 2025. Essayer de trouver les solutions concrètes mais aussi les normes et les standards de cette nouvelle révolution industrielle qui est devant nous ou plus exactement qui est déjà engagée.

Enfin, je voudrais rappeler que la relation franco-chinoise s’inscrit dans un cadre européen. Vous avez eu l’occasion monsieur le Premier ministre de rencontrer ce matin le vice-président de la Commission européenne, j’ai eu moi-même l’occasion de m’entretenir avec lui par téléphone après votre entretien. Nous voulons rappeler l’attachement de la France à la solidité des liens qui unissent la Chine et l’Union européenne qui permettent entre ces deux partenaires commerciaux, qui sont les premiers partenaires commerciaux, d’envisager l’avenir, de pousser les discussions approfondies, de définir ce qui offrira le cadre je l’espère d’un accord d’investissement équilibré que nous appelons de nos voeux.

L’Europe, monsieur le Premier ministre, croyez-le est plus que jamais engagée en faveur d’un multilatéralisme renouvelé. Elle promeut une mondialisation mieux régulée et plus juste et je me réjouis d’avoir pu échanger avec vous monsieur le Premier ministre très directement, tout à fait dans l’esprit de la coopération franco-chinoise, sur l’ensemble des sujets qui font notre actualité et qui d’une certaine façon font notre avenir.
Merci beaucoup.

Dernière modification : 26/06/2018

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