Gazette de Changhai - 79 : L’Assistance Publique de la Municipalité (4)

La Caisse des Œuvres d’Intérêt Public a également aidé financièrement toute une série d’institutions hospitalières, aussi bien dans les Concessions que dans la ville Chinoise. Elle a aidé en particulier l’Hôpital Sainte Marie, en finançant notamment la construction du Pavillon Saint Vincent pour les indigents, perpétuant ainsi la tradition de charité des Jésuites qui l’avaient fondé en 1907.

L’Hôpital Sainte Marie

Dans un article précédent, nous avions passé en revue l’histoire de l’Hôpital Sainte Marie. Nous nous pencherons aujourd’hui sur les relations entre l’hôpital et la Municipalité.

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Hôpital Ste Marie - Maternité


Les malades de la Municipalité, de la police, des tramways, du, canidrome, des Messageries Maritimes et de la Douane étaient traités par la firme médicale française « Fresson » et si les patients nécessitaient une hospitalisation, ils recevaient un billet délivré par la firme pour se faire soigner à l’hôpital Sainte Marie.
Dès les années trente, la Municipalité désira transformer l’hôpital en un centre médical moderne et reconnu.
Le financement de l’hôpital, qui végétait au niveau de 1.000 à 3.000 Dollars par an, fut doublé dès 1930. A partir de 1934, la Municipalité finança à concurrence de 30.000 Dollars par an le Pavillon d’Isolement construit pour les grands malades, et un an plus tard, le Pavillon Saint Vincent construit en 1935 pour les indigents.

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Hôpital Ste Marie – Couloir Maternité


Les règlements municipaux avaient prévu dès 1917 la gratuité des soins pour le personnel municipal, limité au début aux soins des maladies inhérentes au climat de Changhai, à savoir la dysenterie, les fièvres, le paludisme, les infections gastro-intestinales et les accidents du travail. Avec le temps, peu de différenciation fut portée au type de maladie soignée.

Les patients hospitalisés à Sainte Marie en 1ère et 2ème classe – classe payante - étaient les Européens, les Tonkinois ou Annamites, Chinois ou Indiens. Pendant les années trente, les européens ont représenté un peu plus que la moitié des patients. Parmi ceux-ci, à peu près deux tiers de Français, 20% de Russes, et 5 % d’Anglais et Américains.
Dans les 3ème et 4ème classes, dites « semi-payantes », se retrouvaient surtout des Chinois.

La Maternité de Sainte Marie
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Docteur Jean MALVAL


Le pavillon avait été construit en 1922 et comprenait deux ailes : à l’est la maternité Sainte Anne accueillait les indigentes russes et chinoises. L’aile ouest recevait les patientes de 1ère et 2ème classe.
A partir de 1934, le Docteur Jean MALVAL fut nommé responsable de la Maternité. Il assurait le service pour les femmes européennes et n’intervenait qu’en cas d’urgence auprès des patientes chinoises.

Jean MALVAL était médecin des troupes coloniales. Il était entré en 1920 à l’École principale du Service de santé de la marine et des colonies de Bordeaux. Il intégra l’armée coloniale et fut envoyé au Tchad de 1925 à 1929.
Arrivé en Chine en 1930, il servit au 104ème Bataillon indochinois détaché à Changhai. Promu médecin commandant, il fut mis hors cadres de l’infanterie coloniale pour enseigner à l’université l’Aurore et assurer la direction de la maternité.
A partir de 1938, Jean MALVAL travailla pour la firme Fresson et partagea son temps entre ses cours, les consultations privées et son travail pour la municipalité.
Jean MALVAL était en plus un dessinateur hors pair et il est surtout connu pour ses merveilleux dessins des métiers de rue de Changhai. (« Les rues de Shanghai » – édition Casterman - 1989).

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Dessin de MALVAL


Le financement de la Maternité était inclus dans la subvention de l’hôpital.
De plus, la Caisse des Œuvres d’Intérêt Public finançait également une série d’hôpitaux de la Concession Internationale comme le Lester Hospital, ainsi que le Saint Luke’s Hospital dont près du quart des patients chinois venaient de la Concession Française. En plus de l’Hôpital Saint Joseph dont nous avons parlé, la COIP aidait également une série d’hôpitaux de la ville chinoise comme l’Hôpital Chinois pour les Cholériques, l’Hôpital de la Croix Rouge chinoise (avenue Haig – Huashan lu), le Lazaret de la ville chinoise, l’Hôpital de Nantao,….

Le Pavillon Saint Vincent
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Pavillon St Vincent


Le Pavillon Saint Vincent fut inauguré le 5 Janvier 1935 par Jacques MEYRIER, Consul Général de France. Le bâtiment avait été entièrement financé par la COIP pour un montant de 345.000 Dollars. La construction en avait été confiée au bureau Léonard et Veysseyre et le style était sans conteste Art Déco tardif privilégiant les grandes portées horizontales matérialisées par les terrasses dont étaient pourvus les quatre étages du bâtiment.

Le pavillon comptait 300 lits et était destiné aux hommes indigents chinois. Le rez-de- chaussée abritait le service pharmaceutique et ophtalmologique. Les services de chirurgie et les salles d’opération se trouvaient aux 2 étages supérieurs et le quatrième étage abritait une centaine de chambres additionnelles.
Cinq ans plus tard le Pavillon Saint Vincent allait être flanqué d’une extension destinée aux femmes indigentes avec une capacité de 200 lits.

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Pavillon St Vincent – Plan (y compris pavillon des femmes construit en 1940)


Quoique la qualité des traitements ne fut pas la même pour tous, il n’en reste pas moins vrai que par son aide à la plus grande institution hospitalière de Changhai, la Caisse des Œuvres d‘Intérêt public avait perpétué la tradition de charité chrétienne qui avait présidé à sa création par les Jésuites quelque trente ans plus tôt.

Après cette série d’articles sur les œuvres fiancées par la Municipalité, nous nous pencherons sur le « nerf de la guerre » c’est à dire la présence des banques françaises à Changhai. Restez branchés…

Dernière modification : 18/06/2015

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