Gazette de Changhai - 76 : L’Assistance Publique de la Municipalité (1)

Nous allons consacrer quelques articles aux initiatives d’Assistance Publique entreprises par la Municipalité de Changhai dès la fin des années vingt. Portée par la politique sociale de la Métropole, la municipalité créa la Caisse des Œuvres d’Intérêt Public en 1927. Celle-ci était gérée par une commission indépendante formée par les édiles de la Concession. Elle était alimentée essentiellement par le prélèvement de taxes sur les paris mutuels organisés sur les courses de lévriers et la pelote basque.

Naissance de l’Assistance Publique

PNG Dès la sortie de la guerre, la France s’attela à la construction d’une politique sociale et à la fin des années vingt, la législation sur l’Assistance sociale fut mise en place.
En parallèle un « Service des œuvres françaises à l’étranger » fut crée en 1920, placé sous la direction du Ministère de Affaires Etrangères.
Paul-Emile NAGGIAR, qui en fut le directeur entre 1924 et 1925, prit ses fonctions de Consul de France à Shanghai le 16 Avril 1926.
C’est à son initiative que le Conseil Municipal de Changhai s’engagea concrètement dans la voie de l’Assistance Publique avec l’intention de créer des programmes d’aide sociale qu’il désirait contrôler directement, ainsi que la subvention des œuvres philanthropiques fondées précédemment par les Jésuites, les Filles de la Charité, les organisations caritatives russes, et les initiatives de l’homme d’affaire catholique Joseph LO PA HONG (LU Baihong).
Le moteur de cette décision était surtout le souci d’éviter les désordres sociaux et d’assurer à la France une image de prestige et de grandeur morale.

Le 16 Décembre 1927, par Ordonnance consulaire, fut donc crée la « Caisse des Œuvres d’Intérêt Public » (COIP). La commission d’administration de la caisse était composée du Consul général, du Directeur des services municipaux, du Directeur des services d’hygiène, du Médecin municipal, du Principal du Collège français, du Directeur des services de police et de sureté, de trois membres de la Chambre de Commerce et d’au moins 6 résidents de la Concession Française désignés par le Consul.
En 1933, feront partie de la commission des personnalités éminentes de la Concession comme Messieurs DONNE - Président de la chambre de commerce, BAR - Directeur de la Banque Franco-Chinoise, BOUVIER - Administrateur Délégué de l’Union Mobilière, MAZOT - Directeur de la Banque d’Indochine, et Joseph LO PA HONG dont nous reparlerons.
Les subventions étaient réparties de la manière suivante : œuvres d’instruction publique, œuvres d’assistance médicale et œuvres d’intérêt public et bienfaisance.
L’objectif était essentiellement d’aider les plus démunis plutôt que de mettre en place une vraie politique de santé. En effet, les initiatives de la COIP visaient avant tout à garantir un état sanitaire correct dans le périmètre de la Concession, et ce en transformant les habitudes des autochtones, plutôt que de financer des mesures en faveur de meilleures conditions d’alimentation ou de travail.

Une source de revenus contestée

JPEG La COIP était alimentée pour l’essentiel par les taxes prélevées sur les deux établissements de paris mutuels crées dans la Concession.
Il s’agissait d’une part du Canidrome, champ de course de lévriers situé sur l’avenue Lafayette (Fuxing lu), entre les rue du Roi Albert (Ruijin lu) et du Cardinal Mercier (Maoming lu), et crée en 1928 par l’homme d’affaire français Félix BOUVIER. Le bâtiment abritait également un bar, un restaurant, une salle de bal et une arène de boxe. Les paris étaient réservés aux étrangers et les soirées au Canidrome étaient fort courues.
Ils provenaient également des taxes prélevées sur les paris du Palais des Sports - aussi connu sous le nom d’Auditorium -, où s’organisaient les jeux de pelote basque et qui fut ouvert près du Canidrome en 1929.
Les paris étaient ouverts aux chinois et les peloteurs étaient joués gagnants ou placés, de manière fort semblable aux paris des courses hippiques.
Avec un début difficile car le sport était mal connu et les parieurs ne faisaient qu’une confiance toute relative aux peloteurs étrangers, la pelote basque devint vite très populaire. L’Auditorium étendit ses activités à la restauration, puis au prêts à intérêts et le succès commercial de l’entreprise fut impressionnant, surtout après le premier conflit sino-japonais, alors que de nombreux réfugiés avides de distractions s’étaient repliés dans les Concessions.

La COIP prélevait de 11 à 20% des revenus de ces deux établissements et l’origine des fonds fit bien entendu grincer les dents de la Municipalité chinoise.
En effet, dès 1929, celles-ci avaient tenté d’éradiquer les jeux de hasard dans la ville et voyaient d’un mauvais œil subsister un lieu de perdition, mais ils constataient surtout que les caisses du COIP se trouvaient alimentées de facto par la passion du jeu de leurs compatriotes.
La COIP pour sa part se défendait en soulignant le caractère caritatif de ses entreprises et la pression des autorités chinoises lui permit de justifier le niveau élevé des taxes prélevées….
La COIP, quoiqu’ayant eu de nombreuses difficultés financières pendant le conflit sino-japonais, n’en continuera pas moins à fonctionner jusqu’en 1944.

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La liste des établissements et des initiatives caritatives que la COIP soutint s’allongea d’année en année, et c’est de ceux-ci dont nous reparlerons dans un prochain article. Restez branchés…

Charles LAGRANGE

Dernière modification : 18/06/2015

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