Gazette de Changhai - 72 : 1933, l’heure des bilans.

L’année 1933 fut l’occasion de dresser un bilan des 80 ans de présence française à Changhai. D’une superficie de 60 hectares, la Concession française en atteignait à ce jour plus de 1000, avec une population d’un demi-million, dont 15.000 étrangers. Les services de la Municipalité s’étaient développés au fil des réalisations diverses dans les domaines de l’éducation et de la santé. Un bilan for positif pour un havre de paix et de sécurité dans une Chine en constante ébullition.

Un bilan impressionnant

L’édition spéciale du Journal de Shanghai publiée le 14 Juillet 1933 fut l’occasion de dresser le bilan des 84 ans de la Concession Française.
D’un mouchoir de poche de 60 hectares, la Concession s’étalait en 1933 sur plus de 1000. D’une poignée de français à l’époque du Consul de Montigny, la population étrangère de la ville atteignit 260 dès le tournant du siècle, ceux-ci perdus au milieu de plus de 90.000 autochtones. Mais la croissance fut beaucoup plus marquée dès les premières années du vingtième siècle, et le nombre d’étrangers grimpa à 2.400 en 1920, principalement grâce au flux de réfugiés russes chassés par la défaite de 1905 face aux troupes nippones.
Le chiffre explosa alors après la Grande Guerre pour atteindre 15.000 en 1932, avec une croissance équivalente de la population chinoise qui totalisait 480.000 résidents.

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Brigade de balayeurs

Les maisons clairsemées et les tripots – appelés « grog shops » le long du Yang King Pang avaient laissé place dès 1909 au large boulevard Edouard VII (Yanan lu) au bord duquel s’alignaient de beaux immeubles dont le premier fut celui de « L’imprimerie Française ».
Lors de la dernière extension de la Concession en 1914, l’interdiction de construction de maisons chinoises à l’ouest de la rue Marco Polo (Longmen lu) imprima à l’urbanisme de la Concession son caractère résidentiel.

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Quai de France (Bund).

La « plaine Vernon », connue des premiers étrangers comme terrain de tir aux alouettes, avait fait place au complexe de l’Université Aurore et de l’Hôpital Sainte Marie qui avait accueillit plus de 7000 malades en 1932 et dont les services étaient assurés par 9 médecins français, ainsi que d’anciens élèves chinois de l’Université, assistés par 25 Filles de la Charité.
En plus de l’Aurore crée par les Jésuites, la Municipalité avait construit l’Ecole Franco-chinoise, l’Institut technique Franco-chinois, et avait inauguré en cette même année 1933 l’Ecole primaire chinoise construite par les architectes Leonard & Veysseyre au 416 de la rue Chapsal (Danshui lu), ainsi qu’une école commerciale russe sur la rue Frelupt (Jianguo lu). Elles rassemblaient plus de 1600 élèves.

La municipalité avait vu son budget et ses effectifs croitre avec les besoins de la ville : un budget de 254.000 Taels en 1900 était en 1932 de plus de 5,7 Million, en progression de 19% par an depuis 1920.
Le personnel était alors composé de plus de 283 Français, plus de 215 étrangers, dont la moitié d’auxiliaires russes, 507 supplétifs Tonkinois apparus dès la Grande Guerre, et près de 2900 chinois. Le personnel était réparti pour moitié dans la Police – devenue Garde Municipale en 1866 – et pour moitié dans les différentes divisions : travaux publics, hygiène, administration,…
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Depuis leur création, les travaux public avaient entrepris la construction de plus de 100 kilomètres de voies publiques, 150 kilomètres de drains et collecteurs, une demi douzaine de parcs, qu’ils entretenaient avec une équipe de 550 cantonniers et 400 ouvriers égoutiers et balayeurs.
Ils avaient construit un hôtel de ville, plusieurs marchés, un hôpital, un dispensaire d’assistance médicale – inauguré en 1931 -, un abattoir, six postes de police, des casernes pour les troupes, et des postes d’incendie…

Dès le début du vingtième siècle, ils avaient crée les lignes de tramway qui en cette année 1933 totalisaient 27.2 kilomètres de rails répartis en 5 lignes et dont les voitures avaient véhiculé 61 millions de voyageurs l’année précédente.
L’approvisionnement en électricité était assuré par la « Société Française des tramways et d’éclairage électrique » qui avait une puissance installée de 28.000 kW dans son usine de l’avenue Dubail (Chongqing lu) et distribuait plus de 37.500 mètres cubes d’eau potable par jour depuis son usine de Tongkadou (Dongjiadu).

Le service d’hygiène gérait les différents dispensaires ou étaient prodigués les soins gratuits aux indigents locaux, organisait les campagnes de vaccination contre le choléra et la variole, et offrait un service de désinfection des bâtiments.

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Campagnes de vaccination contre le choléra.

La Garde Municipale était organisée en plusieurs départements : administration, service des gardiens privés, de la censure de films, le cercle politique et la police judiciaire qui travaillait avec la Cours Mixte devenue deux ans auparavant la cours de district chinoise. La garde avait même une division circulation afin de régler le trafic occasionné par les 6300 véhicules qui circulaient à ce moment-là dans la Concession.

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Poste de Police Central (Jianguo Zhong lu).

Un bilan fort impressionnant donc, mais qui avait surtout conféré à cette portion de territoire la paix et la sécurité dans un pays en constante ébullition.


Dans un prochain article, nous reprendrons le cours de événements, qui nous donnerons l’occasion de parler des Forces Navales Françaises d’Extrême Orient. Restez branchés…

Dernière modification : 18/06/2015

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