Aperçus sur l’investissement français à Shanghai et dans sa proche région

1ère terre d’accueil des investissements directs français en Chine continentale, la ville de Shanghai hébergeait en 2014 plus de 1 000 des 2 865 entités françaises (35,2%) recensées. Le périmètre plus large de la circonscription du Consulat (provinces de l’Anhui, du Jiangsu, du Zhejiang et de Shanghai) abritait quant à lui 1 393 entités françaises, soit 48,6% du total des implantations en Chine continentale. Destination privilégiée des grandes entreprises françaises en Chine, la municipalité shanghaienne accueille près de 45% des sièges des entreprises du CAC 40 sur son territoire. Le pari de Shanghai en faveur d’une revalorisation des activités à plus forte valeur ajoutée dans son PIB, son intégration rapide dans les échanges régionaux et internationaux ainsi que la richesse de son offre universitaire expliquent en grande partie l’attrait qu’elle exerce auprès des investisseurs français.

Région d’implantation ancienne, la ville de Shanghai hébergeait en 2014, 1 009 des 2 865 entités françaises (35,2%) recensées en Chine continentale
 [1]. Elle est la 1ère terre d’accueil des investissements directs français (IDF) en Chine.

La proche région de Shanghai, incluant les provinces de l’Anhui, du Jiangsu et du Zhejiang, abritait quant à elle 384 implantations supplémentaires. Celles-ci portent le total de la présence économique en Chine de l’Est à 1 393 entités au total en 2014, soit 48,6% des implantations françaises en Chine continentale.

Ventilation des implantations françaises en Chine de l’Est vs. Chine continentale (2014)
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Source : Estimations du SE de Shanghai confrontées avec les données officielles du ministère chinois du Commerce (MofCom)

De source officielle chinoise [2], le stock des IDF contractuels (projets « signés mais non décaissés dans leur totalité ») à Shanghai en 2014 s’élevait à 3,6 Mds USD pour 843 projets d’investissements distincts recensés en fin de période. Toujours de source chinoise, 9 investissements majeurs concentraient 91,5% du stock des investissements contractuels détenus par des sociétés françaises dans la ville province en 2013 : Alcatel-Lucent Shanghai Bell, L’Air Liquide, la régie des eaux de Shanghai Pudong Veolia Water, Saint-Gobain et Mersen. En creux, la municipalité de Shanghai aurait par conséquent drainé un solde cumulé d’engagements d’investissements de 183 millions USD, correspondant à un investissement unitaire moyen de 374 000 USD.

En 2014, la part de la France dans le stock total des investissements directs étrangers (IDE) accueillis par la ville est ressortie à 1,3 % du total, contre 1,4 % l’année précédente. En référence au stock d’IDE contractuels 2014 (comprenant les projets signés mais non entièrement décaissés), la France occupait le 7ème rang des pays investisseurs. Elle se situait derrière Hong Kong (42,5%), le Japon (9,1%), les Etats-Unis (6,5%), Singapour (6,2%), l’Allemagne (3,2%) et Taiwan (2,6%), mais devant le Royaume-Uni (1,2%).

En termes de flux contractuels pour l’année 2014, la France se plaçait au 8ème rang des pays investisseurs à Shanghai avec 139 millions USD d’engagements. L’année précédente, elle occupait le 5ème rang devant l’Allemagne avec un montant de 536 millions USD d’engagements. Avec 89 millions USD de flux effectivement décaissés en 2014 selon le ministère chinois du Commerce (MofCom), Shanghai aurait absorbé 11,2% de la valeur totale des IDF réalisés en Chine continentale. Ce chiffre se situait en net retrait par rapport à 2013 (225 millions USD ou 29,9% du total des IDF entrants) et à 2012, année record où la ville avait accaparé 43,5% du total.

Part des flux d’IDF en Chine continentale effectivement absorbés par Shanghai et sa proche région (Anhui, Jiangsu et Zhejiang) de 2009 à 2014 (en mn USD)
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Sources : National Bureau of Statistics of China de 2009 à 2012 et données non publiées obtenues auprès du ministère chinois du Commerce (Mofcom) pour les années 2013 et 2014.

En élargissant le périmètre aux trois provinces mitoyennes de Shanghai (Anhui, Jiangsu, Zhejiang), la Chine de l’Est dans son ensemble aurait accueilli 34,0% des flux d’IDF réalisés (effectivement décaissés) en 2014 pour un montant total de 242,4 millions USD. En 2013, ce ratio était de 41,9% pour un montant de 314,9 millions USD.

Destination privilégiée des grandes entreprises françaises en Chine, la municipalité de Shanghai concentre près de 45% des sièges des entreprises du CAC 40 sur son sol.

Dès lors que leur activité peut en partie s’affranchir de la proximité avec les décideurs pékinois, les grandes entreprises françaises favorisent une implantation dans la municipalité qui présente de nombreuses facilités dans le pilotage de leurs dispositifs commercial et industriel en Chine et, pour certaines d’entre elles, à l’échelle de la région Asie-Pacifique. La qualité des infrastructures logistiques de la ville, son positionnement géographique favorable en Asie, comme l’accès à de multiples gisements de compétences professionnelles orientent généralement ce choix. Plus récemment, la libéralisation progressive des opérations menées sous le compte en capital en CNY off-shore via l’ouverture de ‘Free Trade Accounts, FTA’ promue au sein de la zone pilote de libre-échange de Shanghai inaugurée en septembre 2013 offre par ailleurs des incitations supplémentaires à l’implantation de directions financières plus étoffées dans la ville [3].

Ce constat est manifeste dans le secteur industriel. L’Air Liquide, Arkema, Alcatel-Lucent, bioMérieux, Danone, Eramet, Essilor, Faurecia, Lafarge, L’Oréal, Mersen, Michelin, Plastic Omnium, PSA, Saint-Gobain, Safran, Sanofi, SEB, STMicroelectronics ou encore Valeo ont toutes fait le choix d’implanter leur siège pour l’Asie-Pacifique à Shanghai.

Toutefois, peu d’entre elles y exploitent encore des activités industrielles. L’appréciation des coûts et la cherté du foncier rendent cette option économiquement insoutenable. Essilor exploite 4 usines dans la province limitrophe du Jiangsu alors qu’elle n’en a plus qu’une seule à Shanghai. De même, l’équipementier automobile Faurecia dispose notamment de 5 centres manufacturiers dans le Jiangsu et de 3 dans le Zhejiang mais ne compte plus que 3 entités industrielles actives dans la circonscription de Shanghai. Nexans a pris en 2014, la décision de relocaliser ses opérations industrielles à l’extérieur de Shanghai.

Les grandes sociétés actives dans les secteurs des services et de la distribution parmi lesquelles figurent les diverses enseignes d’Accor (Pullman, Sofitel, Mercure…), d’Auchan (magasins Auchan et RT Mart), de Carrefour, d’Oxylane (Décathlon), de Rexel ou encore Cap Gemini, Open (SSII informatique), Bureau Veritas et Sodexo ont également fait le choix d’un siège chinois implanté à Shanghai. Comme dans l’univers industriel, leurs responsables sont fréquemment membres des comités exécutifs de leurs instances mondiales de direction.

Bien que numériquement très présentes dans la circonscription de Shanghai, les grandes maisons du luxe que sont Chanel, Hermès ainsi que les marques fédérées par le groupe LVMH (49 boutiques en Chine dont 15 situées en Chine de l’Est) sont en revanche généralement pilotées depuis Hong Kong (domiciliation des sièges Asie-Pacifique).

Dans les activités bancaires, BNP-Paribas, Calyon et Société Générale ont également établi une partie de leurs moyens opérationnels (fonctions transversales) pour la Chine continentale à Shanghai, plus précisément à Lujiazui, centre financier incorporé dans la zone pilote de libre-échange de Shanghai depuis avril 2015. Les sociétés françaises du secteur maintiennent toutefois une présence significative dans la capitale chinoise afin de demeurer au plus près des instances de régulation. Des considérations similaires ont conduit plusieurs grandes sociétés françaises, à l’instar de Veolia, à baser une partie substantielle de leurs fonctions transversales et d’animation commerciale à Shanghai tout en disposant d’un siège social établi à Pékin. Sa concurrente, Suez-Environnement, bien que très solidement établie à Shanghai pour le suivi des projets de gestion des déchets en Grande Chine, conserve, en raison de son partenariat historique avec New World Infrastructures dans le segment de l’eau municipale, son siège à Hong Kong.

De nombreuses ETI et PME françaises ont également élu domicile à Shanghai. Elles s’y sont enracinées au début des années 2000 - alimentant ainsi la troisième vague d’implantations françaises en Chine - dans le sillage de leurs grands donneurs d’ordres internationaux, sauf à se positionner sur des marchés de niche, comme c’est le cas d’Ubisoft et Virtuos (jeux vidéo), d’Ethypharm (système DDS d’administration des médicaments), de Pébéo (couleurs et matériel pour artistes), de Sperian (ex. Bacou-Dalloz, protection individuelle) ou encore de Lesaffre et Roquette dans l’amont des industries agroalimentaires. D’autres tentent leur chance dans le secteur des technologies Internet comme SSL Europa (solutions d’authentification), 55 (agence digitale spécialisée dans l’analyse de métadonnées), dans l’analyse et l’activation des réseaux sociaux (Fred & Farid) ou dans les biens de consommation, à l’image de Montagut, Cache-Cache (Groupe Beaumanoir), Okaïdi, Etam, Promod dans le prêt-à-porter ou encore Louboutin.

Le pari de Shanghai en faveur d’une revalorisation des activités à plus forte valeur ajoutée dans son PIB et d’une intégration poussée dans les échanges régionaux et internationaux expliquent en grande partie l’attrait qu’elle exerce auprès des investisseurs français.

Sans surprise eu égard à la tertiarisation rapide de l’économie shanghaienne, la majeure partie des nouveaux investissements directs étrangers (IDE) consentis à Shanghai s’emploie dans le secteur des services : 65 % du stock d’investissements réalisés, mais 81% des flux décaissés en 2013, tous pays confondus. Bien que l’absence de données fiables hypothèque une ventilation sectorielle équivalente à Shanghai dans le cas de la France, un sentiment identique domine.

Au-delà du basculement des flux du secondaire vers le tertiaire, la diminution tendancielle des flux d’IDF à destination de la ville rapportée au nombre de nouveaux projets, peut être le signe que les grands investissements industriels cèdent peu à peu le pas à la mise en place de structures moins consommatrices en capitaux, en vue de la consolidation des opérations logistiques et commerciales à l’échelle continentale, voire régionale (APAC).

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Source : Shanghai Cofcom

Dans une ville dont les avantages compétitifs en matière de coûts de production se sont largement érodés au profit des provinces avoisinantes, voire plus excentrées, les IDF apparaissent aujourd’hui davantage aimantés par l’essor des services et de la R&D que par l’industrie manufacturière.

Dans ce contexte, plusieurs groupes français se sont dotés d’un centre de R&D à Shanghai. On y dénombrait une quarantaine de sites de R&D de taille significative en 2015. Si Alcatel-Lucent, dans le cadre de sa JV détenue à parité la société publique chinoise Shanghai Bell (5 centres de R&D en Chine de l’Est opérationnels depuis 2005) et PSA (son China Tech Center créé en 2008 et complété depuis par un bureau de style, emploie 700 ingénieurs) font figure de précurseurs, elles ont été rejointes ces deux dernières années par plusieurs entreprises telles Plastic Omnium (décembre 2013), Faurecia (3ème centre ouvert à Shanghai en 2013), Roquette (2014), Saint-Gobain (devenu l’un des 7 grands centres du groupe dans le monde à la faveur d’une nouvelle expansion intervenue en décembre 2014), Sanofi, Michelin (inauguration en février 2015), ou encore Radiall. Tandis que l’Institut Pasteur de Shanghai renforce depuis 2012 son incubateur dédié à l’accueil de sociétés du secteur des biotechnologies, l’Oréal, qui a procédé en juin 2015 à une nouvelle extension de son site de site de R&D, y loge l’ensemble des programmes ciblant l’adaptation de ses produits au marché local, voire la conception de produits spécifiquement formulés pour les peaux et cheveux asiatiques.

[1Estimations ajustées du SE de Shanghai sur la base de données brutes communiquées par le Ministère du Commerce et ses émanations provinciales.

[2Les données chinoises accessibles ne sont pas retraitées des IDE transitant par d’autres territoires (Hong Kong notamment mais aussi Singapour, l’Irlande, le Luxembourg etc…) ; l’appareil statistique chinois ne retient que le dernier poste de transit des flux en lieu et place de leur première origine. De fait, les IDF à destination de Shanghai sont vraisemblablement fortement minorés. Les classements des pays investisseurs qui découlent de l’analyse des statistiques chinoises sont par conséquent eux aussi sujets à caution.

[3Gestion facilitée des flux centralisés de trésorerie et des mouvements de capitaux transfrontières en soutien des opérations relatives au cycle d’exploitation, notamment.

Dernière modification : 16/12/2015

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