Alpes-Sichuan : Un passeur de passion [中文]

"Heureusement que la passion existe encore dans ce monde !"

JPEG"Cette formidable énergie de liberté qui inspire et qu’on a envie de transmettre est chevillée au corps de Liu Yu. Il est moniteur de simulateur de chute libre à Chengdu, un tunnel qui permet de voler dans le vent ; la seule installation de cette nature en Chine est au Sichuan. Quelle chance et quel bonheur ! Je le retrouve régulièrement pour aller tourbillonner dans cette soufflerie à 60m/seconde.

Alpiniste et grimpeur, ma passion est restée ancrée en moi, habité par une équation simple : monter les parois et ne jamais dévisser… Absorbé par cette Chine qui donne le tournis et où il est préférable de savoir parfois lâcher prise, j’ai décidé de consommer cette relation au vide, en apprenant la chute libre. Sauter d’avion. J’allais donc me heurter à d’autres limites que celles de grimper sur des sommets ; je crois beaucoup à la vertu des métaphores. Il m’a fallu me préparer à aller croquer ces espaces plus vastes encore que les miens face aux pics et aux glaciers. Car le fantasme de l’aspiration ne va pas sans un insoutenable sentiment de panique, à l’instant où l’on imagine la porte de l’avion s’ouvrir et le sol de la cabine se dérober sous les pieds ; l’irréversible…

Quand j’ai parlé à Liu Yu de mon idée de passer les brevets internationaux pour surfer dans le ciel, j’ai vu d’un coup ses yeux briller. Liu Yu n’avait jamais sauté d’avion mais est devenu virtuose dans son simulateur. Fils de commerçant d’une ville du nord du Sichuan, il fait partie de ces jeunes Chinois qui rêvent d’une vie relevée par le piment d’une passion. Je l’ai donc aidé afin que ce projet puisse devenir aussi le sien. Il a allégé sa tirelire et m’a retrouvé cet hiver à l’aéroclub de la Costa Brava en Europe, pour passer le diplôme. Après sept sauts encadrés par un instructeur, il a fallu se « lâcher » en solo.

On connut alors cet état de grâce, à s’échapper de l’appareil à la nuit tombante, seuls à 4000m au-dessus d’un horizon où s’effaçait le soleil.

Le ronflement du moteur soudain se tut pour signifier que l’altitude était atteinte, et la portière s’ouvrit avec notre boule qui plombait l’estomac… il fallut s’élancer ; un moment de peur sourde et naturelle mais qui passe à la vitesse d’une étoile filante.
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Car le vide qui nous a avalés s’est mis immédiatement à nous porter, devenant un ami. Le corps a exécuté spontanément les bons gestes, pile face à l’astre rouge qui se couchait ; une minute d’euphorie silencieuse à travers le détachement de tout. Un temps d’absolu. Une liberté sans compromis. J’ai réalisé, une fois déployé la voile du parachute, que je venais de vivre une expérience quasi spirituelle.
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L’avenir me dira si cette initiation au lâcher prise me rendra plus serein dans mes affaires chinoises. Et aussi si cette nouvelle compétence servira à Liu Yu, nouvellement diplômé, pour initier cette incroyable pratique au Sichuan. Alpes-Sichuan souhaite en effet accompagner un projet de création d’aéroclub, le 1er en Chine, pour développer des activités présentant les standards internationaux d’encadrement et de sécurité."

Serge KOENIG
Vice consul et directeur d’Alpes-Sichuan

Dernière modification : 07/02/2013

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