Adoption de la résolution « lutte contre le financement du terrorisme », puis débat ouvert - Intervention de M. Jean-Yves Le Drian, ministre de l’Europe et des affaires étrangères - Conseil de sécurité (New York, 28 mars 2019) [中文]

Mesdames et Messieurs les Ministres,

Mesdames et Messieurs les Ambassadeurs,

Madame et Messieurs les intervenants que je remercie pour leurs présentations très éclairées,

La Charte des Nations unies, qui confie à ce Conseil la responsabilité du maintien de la paix et de la sécurité internationales, le conduit, depuis de nombreuses années, à se pencher de manière régulière sur tous les aspects de la lutte contre le terrorisme.

C’est encore l’objectif d’une lutte concertée, cohérente et efficace contre le terrorisme qui nous réunit aujourd’hui, avec l’adoption de cette résolution sur la lutte contre les nouvelles modalités de son financement.

Voilà de nombreuses années que nous agissons de manière résolue face à la menace terroriste en affrontant nos ennemis directement sur le terrain.

Je voudrais rendre ici un hommage appuyé à ceux - en premier lieu les forces de sécurité irakiennes et les forces démocratiques syriennes, ont combattu Daech et repris au soi-disant Califat l’ensemble du territoire qu’il avait conquis en 2014. Ils ont défendu et défendent encore notre sécurité et notre modèle d’existence collective.

Mais la plus grande erreur serait de croire que le terrorisme est vaincu dès lors que ses prétentions territoriales ont été anéanties. Al Qaïda et Daech, même s’ils reculent, ne disparaissent pas. Au contraire, ils s’adaptent. Et si nous les avons chassés des territoires dans lesquels ils s’étaient implantés, ils se muent de nouveau en réseaux clandestins. Alors que nous les avons empêchés de franchir les frontières, ils utilisent le cyberespace pour piloter, depuis l’étranger, ou inspirer, au coeur même de nos sociétés, les artisans de leurs projets criminels.

En tant que gouvernants, notre première responsabilité est d’assurer la sécurité de nos concitoyens. Nous sommes donc tenus d’aller au bout de notre combat contre le terrorisme, en anticipant toujours sur les mutations de la menace et en adaptant notre réponse.

Nos ennemis cherchent à se relocaliser sous la forme de nouvelles franchises territoriales : nous les combattrons. Elles veulent contaminer nos jeunesses avec leur idéologie mortifère : nous protègerons nos sociétés. Elles veulent projeter des combattants, donner de la publicité à leurs idées, transférer des fonds : nous les isolerons.

Mesdames et Messieurs,

Je le disais à l’instant : nous devons traiter le mal à la racine et intensifier nos efforts pour isoler les terroristes en asséchant leurs sources de financement. Car, dans ce domaine aussi, nos ennemis confirment leur redoutable capacité d’adaptation.

Ils savent, de longue date, orienter à leur profit les trafics, le banditisme et même certains flux économiques conventionnels. Aujourd’hui, chassés de leurs territoires, ils ont appris à investir les nouveaux espaces financiers virtuels, où ils exploitent les possibilités offertes par les nouvelles technologies.

Les réseaux de la terreur savent comment amasser des fonds en ouvrant en ligne des cagnottes. Ils n’hésitent pas à pervertir la pratique de la hawala pour transférer des fonds à l’autre bout du monde. Ils apprennent à transformer leurs ressources en crypto-monnaie, pour faire l’acquisition de drones dans le cyberespace.

Le défi est grand. Notre détermination doit l’être tout autant, pour ne laisser de côté aucun aspect de la lutte contre le financement du terrorisme.

Telle est l’ambition qui a conduit la France à organiser la conférence « No Money for Terror » à Paris, en avril 2018, et à promouvoir l’adoption d’un agenda ambitieux et la constitution de la coalition de Paris contre le financement du terrorisme.

Telle sera aussi l’ambition de l’Australie, qui prend la suite de la France et réunira à Melbourne, en novembre 2019, la coalition de Paris. Je remercie à cet égard chaleureusement la Représentante de l’Australie.

Telle est, enfin, l’ambition qui nous a conduits à porter la question au sein de ce Conseil, en lui proposant l’adoption d’une doctrine de référence, de nature à guider l’action de la communauté internationale en matière de lutte contre le financement du terrorisme.

Mesdames et Messieurs,

L’adoption d’une résolution du Conseil de sécurité est un acte politique fort. Nous remercions l’ensemble de nos partenaires du Conseil de sécurité pour leur contribution active aux négociations.

Pour autant, une telle adoption n’est pas une fin en soi. C’est un commencement, celui du temps de la mise en oeuvre, qui doit tout autant nous mobiliser et dans lequel il nous faut démontrer que nous sommes à la hauteur de nos responsabilités.

Face à la menace protéiforme et en constante mutation que j’ai décrite, il nous faut construire le partenariat le plus large possible. Un partenariat qui, en associant l’ensemble des acteurs concernés - États, secteur privé, institutions multilatérales, société civile -, est seul à même d’apporter une réponse à la hauteur du défi.

Je souhaite ici lancer un appel à tous les membres de ce partenariat, pour qu’ils se saisissent de la résolution que nous venons d’adopter et s’engagent à la mettre en oeuvre dans tous ses aspects.

Un appel aux États, qui doivent, notamment, lutter, par leurs systèmes juridiques, contre les individus, groupes et entités finançant le terrorisme ; renforcer leur coopération et leur engagement à assister les pays qui en ont le plus besoin dans cette lutte ; mettre en oeuvre les recommandations du Groupe d’action financière internationale (GAFI), dont cette résolution rappelle le rôle dans la création des normes et standards dans la lutte contre le financement du terrorisme. Je tiens, à cet égard, à remercier son président, Marshall Billingslea, d’être présent parmi nous ce matin.

Je souhaite aussi lancer un appel aux Nations unies, et en particulier au bureau de lutte contre le terrorisme (OCT) et à la direction exécutive du comité contre le terrorisme (DECT) des Nations unies, dont l’action est si importante, notamment pour apporter aux pays qui en ont besoin l’assistance technique nécessaire pour développer leurs capacités en matière de lutte contre le financement du terrorisme. Je salue, en particulier, l’intervention de Vladimir Voronkov, Secrétaire adjoint des Nations unies au contre-terrorisme, et souhaite l’assurer de l’entier soutien de la France.

Un appel au secteur privé, dont l’association et la participation à la lutte contre le financement du terrorisme sont plus que jamais indispensables.

Mesdames et Messieurs,

Je me félicite enfin de l’équilibre trouvé dans ce texte entre notre objectif de mieux lutter contre le financement du terrorisme et la possibilité pour les acteurs humanitaires de conduire leur mission dans de bonnes conditions, sans entrave à leurs activités.

Je vous remercie de votre attention./.

Dernière modification : 01/04/2019

Haut de page