À l’heure du 18ème Congrès, les dernières statistiques pointent vers un rebond de la croissance chinoise

Au vu des derniers indicateurs publiés par le Bureau national des statistiques (NBS) pour les mois de septembre et d’octobre, si la croissance au 3e trimestre atteint en glissement annuel un plus bas de 14 trimestres à 7,4%, l’investissement accélère sensiblement, la consommation des ménages demeure dynamique et les marchés immobiliers se ressaisissent. Dans le contexte d’une demande mondiale également plus soutenue, le Premier ministre Wen Jiabao s’est dit confiant quant à la situation de l’économie chinoise et à l’atteinte des objectifs que le gouvernement chinois s’est fixé.

La croissance trimestrielle de l’économie chinoise est en baisse au troisième trimestre 2012 pour le sixième trimestre consécutif, et atteint son plus bas depuis 14 trimestres à 7,4%. Il s’agit même du niveau le plus bas depuis 2001, si on excepte le chiffre du premier trimestre 2009 (6,6%). La croissance chinoise s’étant établie à 8,1% et à 7,6% respectivement au 1er et au 2ème trimestre, la croissance sur les trois premiers trimestres s’établi au total à 7,7% en glissement annuel.

Pour autant cette évolution masque un début de rebond de la croissance chinoise. Selon les chiffres du NBS, qui calcule désormais également une croissance en glissement trimestriel corrigée des effets saisonniers, celle-ci a accéléré au troisième trimestre pour s’établir à 2,2%, après 2,0% au 2ème trimestre et 1,5% au 1er trimestre. L’économie chinoise donne en effet des signes de rebond. Ainsi la croissance de la production industrielle a rebondi à 9,2% en septembre puis à 9,6% en octobre en glissement annuel contre 8,9% en août. Ce rebond est particulièrement significatif dans le domaine de la construction, de la sidérurgie ainsi que dans les infrastructures.

L’activité en Chine a été soutenue par une demande extérieure plus favorable en septembre et en octobre. Les exportations ont progressé de 9,9% en septembre en glissement annuel (g.a.), puis de 11,6% en octobre, soutenues en particulier par les marchés de l’ASEAN qui accélèrent fortement de 25,5% en g.a. en septembre puis de 44,8% en octobre alors que les exportations à destination des États-Unis progressent ces deux derniers mois de 5,5% puis de 9,0% en g.a. et que celles de l’Union européenne reculent de 9,1% puis 8,0%. Les importations progressent par ailleurs de 2,4% en g.a. en septembre comme en octobre, après trois mois de baisse en g.a.. L’objectif annuel du gouvernement de 10% de progression des échanges commerciaux semble cependant compromis, leur croissance ne s’établissant qu’à 6,3% en g.a. sur les dix premiers mois de l’année 2012.

Les signes les plus encourageants sont néanmoins donnés par l’évolution de la demande intérieure, et notamment de l’investissement. Il semble ainsi que les mesures prises récemment par le gouvernement – assouplissement de la politique monétaire, accélération de l’approbation des projets d’investissement – commencent à avoir un effet sur l’activité. L’investissement a ainsi progressé de 23,1% en septembre en g.a., puis de 22,4% en octobre, après 19,4% en août et pour une moyenne de 20,7% sur les dix premiers mois de l’année. En particulier, la croissance des investissements dans les infrastructures a bondi à 25,6% en septembre contre 15,6% en août. Pour autant, le porte-parole du NBS, Sheng Laiyun, a affirmé lors de la présentation de ces statistiques qu’en raison notamment d’une croissance de moins en moins soutenue de leurs ressources, les gouvernements locaux n’investiraient pas autant que pourraient le faire croire les nombreuses annonces qu’elles ont effectué cet été.

Par ailleurs, la consommation des ménages demeure un facteur important de résilience de l’économie chinoise. Les ventes de détail accélèrent en septembre à 14,2% en g.a. en septembre et de 14,5% en octobre contre 13,2% en août. La confiance des ménages s’était déjà manifestée à l’occasion de la semaine de congés de la fête nationale, début octobre, qui avait vu une hausse de 24,3% de la fréquentation des principaux sites touristiques.

Par ailleurs les marchés immobiliers semblent se ressaisir quoiqu’avec des perspectives relativement limitées. Les surfaces vendues ont augmenté de 6% en g.a. au troisième trimestre après un déclin de -7,7% au trimestre précédent. Les prix de logements neufs étaient en hausse en octobre dans 33 des 70 principales villes de Chine, contre 30 en septembre et après une période où, entre janvier et mai 2012, jamais plus de 6 villes ne connaissaient de hausse. La reprise des marchés immobiliers est cependant limitée par le maintien par le gouvernement des mesures administratives d’encadrement. Ainsi, en octobre les prix ont progressé de 0,5% par rapport au mois précédent, mais restent en baisse de -1,0% en glissement annuel. Les chiffres des mises en chantier demeurent également affaiblis, baissant de -12% en glissement annuel au 3e comme au 2e trimestre, et baissant de 18,7% en glissement trimestriel au troisième trimestre.

Le Premier ministre Wen Jiabao a, au moment de la publication de ces statistiques par le NBS, souligné que l’économie chinoise se portait relativement bien et s’est dit confiant sur sa capacité à remplir ses objectifs annuels, suggérant ainsi que la croissance chinoise serait d’au moins 7,5% cette année. Il a précisé qu’aucune nouvelle mesure ne serait prise au dernier trimestre avant que le gouvernement ne se soit assuré que les mesures déjà en place avaient bien les effets escomptés. Il a estimé en effet que la phase de stabilisation dans laquelle était l’économie chinoise devrait se poursuivre tout en signalant que la priorité était au renforcement du commerce et au développement de la consommation interne, ajoutant que les mesures visant à juguler les prix de l’immobilier en place depuis plus de deux ans avaient montré des résultats significatifs et devaient être maintenues.

Le contexte macroéconomique est ainsi plus porteur pour la transition politique en cours. On peut i penser, notamment au vu des expériences des congrès précédents, que l’issue du 18ème Congrès ne devrait pas marquer de rupture dans le pilotage macroéconomique. On peut s’attendre néanmoins à ce que l’investissement soit soutenu dans les mois qui viennent : on observe en effet qu’après les précédents congrès, un certain nombre de projets d’investissement avaient été accélérés ou relancés. L’arrivée de la nouvelle équipe, ainsi que les nominations de nouveaux secrétaires du Parti dans les provinces, peuvent en effet non seulement débloquer des projets suspendus dans l’attente de ces nominations, mais également provoquer une nouvelle impulsion et le lancement de nouveaux projets.

Au vu des personnalités de la nouvelle équipe dirigeante, on peut s’attendre à une continuité de la politique économique. En raison du rebond de la croissance, la nouvelle équipe dirigeante issue du 18ème Congrès du Parti communiste chinois se trouve dans une situation plus favorable pour poursuivre les réformes entamées sous la Présidence de HU Jintao. XI Jinping, sans aucun doute le prochain Président chinois, a une réputation de réformateur prudent, forgée notamment à l’occasion de son passage à la tête du Parti dans la province du Zhejiang où il a supervisé des réformes dans le domaine de l’économie rurale. Le prochain Premier ministre annoncé, LI Keqiang, a une réputation de réformateur plus affirmée : il a notamment validé le principe du rapport de la Banque mondiale et du Development Research Center, Chine 2030, qui avance des pistes de réforme ambitieuses pour l’économie chinoise. Les autres membres du comité permanent du bureau politique du PCC - hormis WANG Qishan, mais dont le rôle sera désormais interne au Parti - ont des profils plus conservateurs à cet égard. ZHANG Gaoli, qui pourrait devenir premier vice-premier ministre responsable des affaires économiques du pays, a certes conduit des réformes importantes dans le Shandong et surtout dans le Guangdong où il était en charge de Shenzhen. Mais à Tianjin, dont il était jusqu’ici le secrétaire du PCC, il a conduit une politique d’investissement public fidèle au modèle de croissance chinois relativement dirigiste de ces dernières décennies.

Au vu des chiffres publiés par le NBS, la croissance chinoise a peut-être atteint un plus bas au troisième trimestre, et elle pourrait accélérer au cours des prochains trimestres. L’hypothèse d’un atterrissage brutal de l’économie chinoise semble ainsi de moins en moins probable à court terme. Le gouvernement chinois n’entend de ce fait pas à ce stade modifier son policy-mix, écartant toujours toute mesure plus substantielle de relance ou toute levée des mesures d’encadrement des marchés immobiliers. L’issue du 18e Congrès du Parti communiste chinois ne devrait pas changer cette position, et le profil de la nouvelle équipe dirigeante du pays laisse plutôt entrevoir une continuité avec l’action engagée jusqu’ici.

Dernière modification : 27/11/2012

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