55 ans après, quel partenariat franco-chinois pour le 21ème siècle ? [中文]

Discours de l’Ambassadeur de France en Chine M. Jean-Maurice Ripert à l’Académie chinoise des sciences sociales, Institut d’études européennes (24 Juin 2019)

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M. le DG de l’Institut d’études européennes, cher HUANG Ping,
M. l’Ambassadeur de l’Union européenne, cher Nicolas,
Mmes et MM les chercheurs,
Chers amis européens, français et chinois,

Permettez-moi tout d’abord de vous remercier pour votre invitation à participer à votre conférence, dont l’objet ne peut bien sûr que me réjouir en tant que représentant en Chine du Président de la République M. Emmanuel Macron, successeur du Général de Gaulle, qui prit il y a 55 ans l’initiative d’établir des relations diplomatiques avec la République populaire de Chine.

C’était une décision hardie pour l’époque - il fut d’ailleurs le premier leader d’un grand pays occidental à la prendre - mais ô combien visionnaire puisque, ce faisant, non seulement ancrait-il dans l’histoire contemporaine la place de la nouvelle Chine mais marquait-il également clairement la détermination de la France à assurer, dans le respect de ses alliances, une indépendance qui allait lui permettre de légitimer la place importante qu’elle occupait sur la scène internationale.
Il est donc particulièrement opportun et judicieux de s’interroger sur ce que les 55 ans qui viennent de s’écouler ont apporté à nos pays et à nos peuples, mais aussi sur les voies et moyens de renforcer le partenariat stratégique que nous avons noué.

*
Nous arrivons à la moitié de cette année 2019.
S’il est trop tôt pour en dresser un quelconque bilan, l’on peut déjà affirmer qu’il s’agit d’une année bien remplie, tant ont été importants les événements et échanges entre nos deux pays mais aussi, et j’y tiens, entre nos deux continents.

I.
L’Ambassadeur Nicolas Chapuis, je l’en remercie, a déjà exposé cette dimension fondamentale de notre relation, je me contenterai donc d’ajouter quelques considération.
La dimension européenne de notre relation bilatérale est essentielle, pour plusieurs raisons qui convergent :

1/ Tout d’abord, « la France a fait le choix de l’Europe pour sa médiation avec le monde » (L. Jospin – 1998), non pas parce qu’elle considérerait ne plus rien avoir à dire ou à faire en tant que Nation souveraine, mais parce qu’elle est convaincue que l’Europe renforce la voix qui porte ses messages et qu’elle lui permet de développer ses initiatives et son action selon des axes nouveaux et avec une efficacité renforcée.
Ainsi, si nous sommes favorables à l’élargissement du Conseil de sécurité des Nations Unies et à l’accroissement du nombre de ses membres permanents, nous n’entendons pas nous priver de notre siège de membre permanent dont nous considérons que nous remplissons les responsabilités de manière loyale à l’institution et favorables au maintien de la paix et de la sécurité internationale.

Puissance nucléaire, fidèle à ses Alliances militaires, la France prend ses responsabilités sur le terrain des crises et en assume le coût, humain - parfois lourd, comme au Sahel - ou financier, parce qu’elle sait que la lutte contre le terrorisme, pour la protection des droits humains, pour l’environnement ou le développement durable ne sera pas gagné par des mots mais par des actes.

2/ Ensuite l’Union européenne n’est pas une organisation régionale. Depuis le Traité de Lisbonne de 2009, elle est une union politique fondée sur la défense de ses valeurs et de ses intérêts.
Avec la coopération franco-allemande en son centre - dont le Traité fondateur a été renforcé en février dernier par le Traité d’Aix la Chapelle - l’UE est le cadre privilégié de notre interaction avec le reste du monde sur toute une série de sujets, dont certains sont des domaines de coopération très important avec la Chine : commerce, environnement, recherche, coopération en pays tiers, etc..

Elle incorpore notre vision du monde - un monde libre, démocratique, prospère, sûr et juste - et à ce titre nous lui avons conféré des compétences qu’elle exerce en notre nom.
C’est un fait unique dans l’histoire que cette délégation volontaire de souveraineté, exercée par les trois institutions de l’Union européenne, dont un Parlement élu démocratiquement.

3/ Enfin, de par sa puissance économique et commerciale, de par son ouverture au monde extérieur sur le plan commercial et en matière d’investissements, l’Union européenne est devenue le premier partenaire commercial de la Chine et le premier investisseur étranger dans ce pays.
Cela peut donner à la présence de la Chine dans le monde une profondeur essentielle et contribuer à stabiliser ses relations avec d’autres continents.

L’Union européenne reste de très loin le premier pourvoyeur au monde d’aide au développement et d’aide humanitaire. Elle a tissé, depuis les indépendances des années 60, dans le respect mutuel, des relations de coopération d’égal à égal avec de très nombreux pays sur tous les continents.
Enfin, elle est résolument engagée dans la définition des réponses à apporter aux défis du monde, avec la volonté de préserver le système multilatéral actuel, dont les Nations Unies doivent continuer à rester le centre.

Pour toutes ces raisons, alors que montent les tentations nationalistes et protectionnistes, les appels au repli sur soi et à l’unilatéralisme - y compris hélas sur le continent européen et en Asie - l’Union européenne et la Chine doivent constater leurs convergences dans l’analyse des défis à surmonter et parvenir - par des concessions réciproques - aux indispensables compromis qu’appelle l’urgence des réponses propres à assurer aux générations futures un avenir serein sur une planète en paix et protégée. La rencontre à Paris en mars dernier entre les Présidents Macron et XI Jinping, la Chancelière Merkel et le Président Juncker a marqué de ce point de vue un tournant historique. Chacun a assumé ses responsabilités.

Pour conclure sur ce point européen, je voudrais souligner pour m’en réjouir les progrès accomplis depuis un an dans la coopération sino-européenne, marqués par la tenue de tous les groupes de travail, par de premières réunions consacrées à la réforme de l’OMC ou à la difficile question des subventions, par la signature de l’accord aérien BASA et les perspectives de signature de l’accord sur les indications géographiques.
Enfin, avec la négociation d’un Traité sur la protection des investissements - dont la conclusion devrait intervenir au plus tard lors du premier Sommet sino-chinois qui se réunira en Allemagne à l’automne 2020 - la Chine et l’Europe pourront donner l’exemple de leur volonté commune d’accroître leurs investissements croisés tout en adoptant des mécanismes de protection de la propriété intellectuelle adéquats et efficaces.

II.
Mesdames et messieurs, chers amis,

Au sein de l’environnement international, dont les vicissitudes nous obligent sans cesse à repenser nos positions - sans craindre de questionner nos certitudes - la poursuite et l’approfondissement du partenariat stratégique global qui lie la France et la Chine doivent constituer notre priorité.

1/ Il y a 55 ans donc, sous l’impulsion visionnaire du Général de Gaulle, la France était le premier « grand pays » occidental à établir des relations diplomatiques au niveau des ambassadeurs avec la République populaire de Chine. Cette décision, prise au « nom de l’évidence et de la raison » a fait date.
Trente-trois ans plus tard, nos deux pays instauraient un partenariat global. Le 40e anniversaire de l’établissement de nos relations diplomatiques était, quelques années après, l’occasion d’élever notre relation à un nouveau niveau et d’être encore une fois pionnier avec la mise en place du partenariat stratégique global.

Depuis lors, nous entretenons un mécanisme important, le dialogue stratégique franco-chinois co-présidé par le Conseiller d’Etat, ministre des affaires étrangères de la Chine et le Conseiller diplomatique du Président de la république.
Nous maintenons également un étroit contact sur tous sujets grâce à des enceintes d’échange et de coopération dédiées, telles que le dialogue économique et financier de haut-niveau, le dialogue de haut niveau sur les échanges humains ou encore le dialogue droit et justice de haut-niveau.
Et je ne veux pas oublier les commissions mixtes - notamment dans les domaines de l’agriculture ou d’ESRI - indispensables pour définir concrètement les actions prioritaires de notre coopération bilatérales ou encore le groupe de travail sur la coopération franco-chinoise en pays tiers, qui va nous permettre de cofinancer des projets verts en Afrique.

Il faut aussi relever bien sûr la fréquence des visites de haut niveau que nous échangeons : depuis deux ans que je suis en Chine, j’ai déjà participé à l’organisation de deux visites présidentielles croisées et nous préparons actuellement la deuxième visite du Président Macron en Chine, à l’automne prochain.
Nous avons organisé également de très nombreuses visites ministérielles dans les deux sens. Près de la moitié des ministres français sont venus en Chine à une occasion ou à une autre – le MEAE JY Le Drian est déjà venu 5 fois ! - sans compter les innombrables visites de parlementaires, de hauts-fonctionnaires, d’élus locaux et de présidents d’Instituts culturels ou de recherche.

Chacune de ces visites, comme chacun des déplacements de responsables chinois en France - moins nombreux mais dont le nombre augment - est un moment essentiel, qui permet de revoir nos priorités, d’engager de nouvelles coopérations, de lancer ensemble de nouvelles initiatives multilatérales, de signer des accords intergouvernementaux et contrats commerciaux.
Tous ces mécanismes de dialogue et de coopération sont bien rôdés. Peut-être sont-ils dorénavant trop nombreux, ce qui pourrait selon moi nous conduire à envisager de les rationnaliser en en regroupant certains, sur le modèle sino-allemand.

En tout cas ils fonctionnent, plutôt bien et permettent aussi bien sûr d’aller de l’avant sur des sujets d’intérêts communs concernant l’ordre du monde.
Ils permettent également d’échanger nos points de vue, y compris concernant les dossiers sur lesquels nous avons des divergences, parfois marquées, comme sur les droits humains.

2/ Je le soulignais il y a un instant, notre relation est ancienne, profonde, confiante et produit des résultats.
Nous avons développé des coopérations durables dans des secteurs stratégiques : je pense bien sûr au nucléaire, à l’aéronautique ou encore à l’agriculture.
Nous célébrons cette année le 36e anniversaire de notre collaboration nucléaire civile, avec, vous le savez probablement, la volonté de l’approfondir davantage encore, comme l’ont réaffirmé nos deux Présidents en mars dernier à Paris. Je pense bien évidemment aux discussions entre Orano et CNNC quant à l’installation d’une filière de l’aval du cycle ou encore à la poursuite du programme de coopération sur les réacteurs EPR, qui a permis à la Chine d’être le premier pays au monde à en installer.

Autre emblème de réussite, Airbus, qui est au cœur de la coopération aéronautique franco-chinoise et euro-chinoise. La chaine d’assemblage de Tianjin et sa technologie de pointe comme les engagements pris en matière de localisation de centres de recherche et l’accroissement des achats locaux traduisent la confiance de l’industrie aéronautique française et européenne.
Et il est clair que la Chine a vocation à devenir le centre des activités d’Airbus pour toute l’Asie.

De nombreuses entreprises multinationales françaises, et parmi elles les plus prestigieuses - Thalès, Air Liquide, EDF, Engie, Fives, Saint-Gobain, etc. - sont très largement bien implantées en Chine et y travaillent dans un environnement qui, s’il ne répond pas encore à tous les critères est de plus en plus favorables.
Nous avons de ce point de vue un dialogue permanent et très franc avec les autorités chinoises, qui nous permet de contribuer à l’amélioration continue du climat des affaires, s’agissant de la protection de la propriété intellectuelle et de la lutte contre les contrefaçons, des transferts de technologie, de l’accès à une justice crédible ou encore de l’application unifiée sur tout le territoire chinois des règles et bonnes pratiques de concurrence ouverte et loyale.

Je voudrais également mentionner le secteur clé de l’agriculture et de l’alimentation, qui a fait l’objet récemment d’importantes ouvertures de marché par la Chine mais aussi d’accords de coopération portant sur l’ensemble de la filière : formation des cadres, recherche, innovation, agro-écologie.

Enfin, je me dois de signaler la récente réunion de la Commission mixte scientifique et technologique, qui a permis de dégager 7 secteurs prioritaires de coopération parmi lesquels l’intelligence artificielle, l’environnement, la santé ou encore les matériaux innovants.
C’est la reconnaissance par la Chine du fait que l’Europe et la France en particulier sont restées des puissances scientifiques de premier plan, avec lesquelles une coopération durable - là encore respectueuses des intérêts de sécurité de chacun – peut être développée au bénéfice des deux parties.

3/ Sur le plan commercial, si la France ne compte pas parmi les plus gros clients et fournisseurs de la Chine, nous restons des partenaires importants. Mais nos échanges sont déséquilibrés, marqués par un déficit commercial important pour la France et à l’inverse par une relative faiblesse des investissements chinois en France (seulement la 4ème terre d’accueil d’IDE chinois en Europe).

Nos deux Présidents ont fait de leur rééquilibrage par le haut une priorité absolue, sachant que nous restons très favorables à un accroissement des investissements chinois en France - dans tous les secteurs - dès lors qu’ils respectent nos intérêts stratégiques et de sécurité et contribuent à créer de la richesse et de l’emploi.
Sur ce point, avec un souci permanent d’une réciprocité mutuellement avantageuse, la France ne pratique et ne pratiquera aucune discrimination, ni contre un pays en particulier ni contre une compagnie en particulier.

4/ Mais la relation franco-chinoise, loin s’en faut, ce n’est pas que de l’économie ; c’est une multitude de petits et grands liens qui nous unissent.
C’est 2.3 millions de touristes chinois en France en 2018 (première destination en Europe) et plus de 40.000 étudiants chinois en France (5ème destination au monde) pour environ 10.000 étudiants français en Chine. Et ces chiffres ne baissent pas.

Ce sera bientôt davantage encore de jeunes qui auront l’opportunité de s’enrichir et de s’épanouir en profitant des dispositions de l’accord « mille stagiaires », qui vient renforcer notre dispositif d’échanges humains.

Enfin, et j’espère que nombreux d’entre vous ont pu ou vont en profiter, la relation franco-chinoise c’est aussi une coopération culturelle forte, illustrée par notre « mois de la francophonie » - 182 000 spectateurs dans tout le pays et plus de 700 000 connections sur internet - et par notre festival « Croisements », le plus grand festival public français à l’étranger avec cette année 75 propositions artistiques dans 35 villes à travers toute la Chine.

Il y a en Chine 135.000 apprenants du français quand le chinois est devenu la 5e langue la plus apprise en milieu scolaire, et la première langue non-européenne.
Cela illustre parfaitement combien nos deux pays sont attachés à promouvoir à l’échelle du monde la diversité culturelle, qui en fait la richesse et est à la base de la liberté de création, indispensables aux artistes, aux penseurs, aux créateurs.

III.
Mesdames et messieurs, chers amis,

J’en viens maintenant aux sujets multilatéraux, qui portent eux aussi la marque de la volonté de nos deux présidents d’aller de l’avant ensemble face aux grands défis du siècle.
Comme le Général De Gaulle à l’époque, c’est encore une fois au nom de l’évidence que nous avons avec la Chine sur ces questions des vues souvent convergentes voire communes.

1/ Membres permanent du Conseil de sécurité de l’ONU, la Chine et la France doivent tout d’abord contribuer ensemble à faciliter la réponse aux conflits parfois durables qui ensanglantent notre planète ou en accroisse l’instabilité.
Je pense en particulier aux conflits liés à l’action de groupes terroristes nationaux ou internationaux - Syrie, Yémen, Libye, Sahel - où aux crises de prolifération - en Iran ou en RPDC - qui appellent des solutions politiques fondées sur le droit international et mobilisant les populations qui sont les première victimes de ces conflits.

La France n’a jamais fui ses responsabilités, et sera toujours désireuse de s’engager avec ses partenaires - européens au premier plan - pour faciliter le dialogue et trouver les voies de la réconciliation entre parties au conflit. Elle appelle de ses vœux au renforcement de la concertation déjà très nourrie avec la Chine, qui a indiscutablement un rôle essentiel à jouer pour contribuer aux sorties de crises.

2/ Face à l’urgence climatique, nous nous mobilisons pour faire avancer l’agenda international dédié : protection de l’environnement et de la biodiversité, lutte contre le changement climatique, adoption par les Nations Unies d’un Pacte mondial pour l’environnement. Nous travaillerons ensemble au succès des prochaines échéances multilatérales COP 25 au Chili et nouveau sommet en marge de l’AGNU en septembre prochain.
A l’échelle bilatérale, nous avons lancé l’Année franco-chinoise de l’environnement pour dynamiser nos actions conjointes.

La Chine a été un partenaire de poids pour la conclusion de l’Accord de Paris sous les auspices de la France. La France soutient pleinement la Chine dans ses efforts pour que la COP 15 (biodiversité) qu’elle présidera à Kunming soit un succès du même ordre. De la COP 21 à la COP 15, la France et la Chine sont bien décidées à travailler de conserve pour apporter une réponse commune la meilleure qui soit aux défis environnementaux et écologiques.
Pour y parvenir, nous sommes également d’accord pour contribuer à la mobilisation, dans nos pays mais également à l’échelle mondiale, de tous les acteurs sans lesquelles ce combat ne sera pas gagné : les Etats bien sûr mais aussi les gouvernements locaux, les citoyens et les associations de la société civile, les entreprises, les médias.

3/ La France et la Chine savent aussi qu’elles ont en l’une et l’autre un allié pour défendre une architecture mondiale respectueuse de la multipolarité.
Face aux tentations unilatéralistes, aux propos aventuriers et aux échappées individuelles, la France prône une mondialisation régulée, encadrée, et attentive à la soutenabilité. Le multilatéralisme est un principe clef de l’action extérieure française, et la meilleure solution, nous en sommes persuadés par expérience, pour apporter des réponses à la hauteur des défis de la mondialisation.

Face à la multiplication des risques c’est aussi le meilleur moyen de favoriser la coopération internationale.
La France est attachée à la préservation de cette conception et au maintien de l’héritage multilatéral, avec entre autres le rôle central du système des Nations Unies et le respect du droit international en vigueur, partout dans le monde. A cet égard, nous estimons que le combat pour le respect des valeurs universelles et notamment pour le respect des droits de l’homme fait partie de cet héritage, partout dans le monde.

Nous sommes heureux de pouvoir compter sur un engagement parallèle de la Chine, comme en témoigne la Déclaration conjointe adoptée à Paris le 25 mars 2019, sur la préservation du multilatéralisme et l’amélioration de la gouvernance mondiale.

4/ Si la situation environnementale et l’évolution de la gouvernance mondiale seront les déterminants du monde de demain, la question de la sécurité sous toutes ses formes les sous-tendra.

Les premières conséquences d’une architecture mondiale dysfonctionnelle ou d’un emballement climatique seront des atteintes à la sécurité des personnes et des territoires.
Quels que soient les changements qui auront lieu, les enjeux sécuritaires du 21e siècle seront complexes et multiples.
L’engagement de la France et de la Chine, sera, j’en ai la conviction, guidé par le sens partagé de la responsabilité. La solidité de la relation franco-chinoise concourra à assurer la stabilité du monde de demain.

La région indo-pacifique, qui s’étend de Djibouti à la Polynésie, représente un espace clef, où se présentent les problématiques sécuritaires que j’évoquais.
Face à la mise en cause du multilatéralisme, à la saillance renouvelée des tensions dans la région et à la contraction des espaces, la France a élaboré une stratégie dédiée. Fidèle à sa tradition, la France entend, comme la Chine, mener une politique indépendante, autonome et souveraine.

Au-delà de sa responsabilité de puissance globale, la France est directement concernée par les évolutions dans la région : près d’1.6 millions de nos compatriotes vivent dans des territoires indopacifiques, répartis dans 7 territoires français (Mayotte, Réunion, Terres australes et antarctiques, Nouvelle Calédonie, Wallis et Futuna, Polynésie française et Clipperton).
200.000 Français sont par ailleurs établis dans des pays de la région.

Ces régions, départements et collectivités français donnent lieu à 9 millions de km2 de ZEE, concourant à doter la France de la 2e ZEE mondiale.
La région abrite de surcroît les principales routes maritimes mondiales, par lesquelles transitent la majeure partie des flux commerciaux du globe. La France, tout comme la Chine, est donc particulièrement sensible à la stabilité de la région.

A cette fin, les forces françaises se déploient dans la zone pour assurer l’intégrité et la souveraineté de nos ressortissants, de nos territoires et de notre ZEE.
Elles contribuent à la sécurité globale de la région et, aux côtés de nos partenaires, permettent de préserver un accès libre et ouvert aux espaces communs et aux voies maritimes, conformément au droit international et au droit de la mer.

Pour renforcer son action, la France souhaite, je l’ai dit, inscrire sa démarche dans une approche multilatérale. Les forces françaises concourent à la non-prolifération, à la lutte contre le piratage et la criminalité et à la mise en œuvre des sanctions internationales. Dans un esprit d’ouverture et de progrès, la France s’engage donc pour la sécurisation de la région.

5/ La France croit enfin, comme la Chine, aux perspectives d’un développement durable à l’échelle de la planète, tel que défini dès 1987 par la Commission Bruntland - « un développement qui réponde aux besoins du présent sans compromettre la capacité des générations futures à répondre aux leurs » - et par l’Agenda 2030 des Nations Unies.
Elle croit aussi, comme la Chine, que le développement d’infrastructures adaptées et soutenables - financièrement comme du point de vue de la responsabilité environnementale et sociale – est un facteur de progrès dans cette voie.

C’est pourquoi le Président Macron a accueilli avec beaucoup d’intérêt l’initiative chinoise des « nouvelles routes de la soie » et soutient l’idée de développer dans des pays tiers des projets franco-chinois répondant à ces critères et favorisant la connectivité sous toutes ses formes.
Nous souhaitons donc que l’Europe et la Chine s’entendent pour développer des passerelles entre l’initiative chinoise BRI et la Plateforme européenne de connectivité, notamment en Asie centrale.
C’est pour cela également que nous sommes favorables à la mise au point de mécanismes financiers adaptés à cet objectif.

*
Mesdames et messieurs, chers amis,

La Chine et la France sont déjà des partenaires pérennes ; j’ai confiance en notre coopération qui saura se développer et se renouveler pour répondre aux défis du 21e siècle.
Nous avons l’histoire à construire et les périls ne sont pas minces.

J’ai toutefois la conviction que les jalons que nous avons posés et que les voies que nous empruntons dès aujourd’hui ensemble forment des fondements solides pour renforcer notre partenariat, resserrer nos liens et œuvrer pour un monde plus sûr, plus transparent et plus vivable.
C’est là la force de notre relation.

Je vous remercie./.

Dernière modification : 27/06/2019

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