Succès de la conférence "Les écosystèmes d’innovation et d’entrepreneuriat dans le monde"

Comment sont nés les grands acteurs de l’économie mondiale ? Zoom sur quatre écosystèmes bien spécifiques : la Chine, les Etats-Unis, la France et Israël.

Dans le cadre du groupe de travail « innovation scientifique et technologique » de la CCIFC, animé par Gaétan Messin, attaché pour la science et la technologie au Consulat général de France à Shanghai, ce dernier a invité Cédric Denis-Rémis, directeur adjoint de MINES ParisTech, fondateur et directeur de l’Institut des Hautes Etudes pour l’Innovation et l’Entrepreneuriat (IHEIE), à présenter une cartographie des écosystèmes d’innovation dans le monde, en détaillant les composantes et en identifiant les facteurs ayant contribué à l’émergence des GAFA (Google, Amazon, Facebook, Apple), BAT (Baidu, Alibaba, Tencent) et autres licornes.

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Cédric Denis-Rémis (à gauche) et Gaétan Messin (à droite).
Crédits photo : CCIFC

L’innovation prend des sens multiples selon les interlocuteurs. De manière générale, l’innovation contribue à l’accroissement du PIB. Une étude menée par l’IHEIE a analysé les origines des « licornes », ces start-ups valorisées à plus d’un milliard de dollars (Airbnbn, Uber, Snapchat…). Classement majoritairement dominé par les Etats-Unis avec 17 licornes en 2016, la France en compte trois qui sont Blablacar, Vente-privée et Criteo. La Chine n’est pas en reste non plus avec Xiaomi (produits électroniques), Didi Kuaidi (service de transport), Ele.me (livraison de repas à domicile)… 50 licornes ont été analysées selon les villes et pays de naissance de l’idée, du siège de la start-up et du lieu d’étude des fondateurs. Sans surprise, les Etats-Unis avec la Californie, sont en tête de chaque catégorie. D’autres positions en revanche, sont moins évidentes à expliquer. Tel-Aviv, par exemple, apparaît dans la liste des lieux de naissance des idées mais ne figure pas parmi les lieux des sièges, ni les lieux d’études. Paris et Pékin font leur apparition dans les lieux de naissance des idées et des sièges mais pas dans les lieux d’études, où l’on retrouve en revanche l’Allemagne (Vallendar) et l’Inde (Bombay). Cette étude montre que certaines régions ont des écosystèmes qui favorisent la naissance de ces licornes et d’autres plutôt leur développement.

Ces écosystèmes sont composés d’éléments-clés spécifiques : les personnes, les infrastructures, les fonds et un environnement favorable, le tout lié grâce à une « fertilisation croisée » (cross-fertilisation). Cette fertilisation croisée peut se faire grâce aux espaces travail collaboratif (coworking spaces), aux réseaux de mentors (accélérateurs, incubateurs…), aux formations professionnelles, lors de conférences ou de compétitions. Dans ce contexte, le rôle des gouvernements serait de s’assurer du respect des réglementations, d’encourager le développement des écosystèmes d’innovation locaux, de fournir un cadre favorable pour la croissance des entreprises sans pour autant jouer le rôle du secteur privé. L’innovation est stimulée par la mondialisation, la diversité culturelle, le changement de génération avec l’impact du vieillissement, sans oublier la technologie, devenue aujourd’hui indispensable.

Quatre écosystèmes ont été détaillés lors cette conférence : la Chine (Shanghai), les Etats-Unis (Silicon Valley), la France (Paris), et Israël. Les forces de la Chine résident dans l’importance des effets d’échelle, la croissance importante, et le fort engagement politique. Le pays mise sur la recherche et le développement (R&D) en y injectant des sommes considérables (objectif national fixé à 2,5 % du PIB d’ici 2020). Entre 2007 et 2013, plus de 70 milliards d’euros ont été investis dans la R&D, portés à 70 % par l’industrie, et à plus de 25 % par le gouvernement. D’autre part, l’écosystème chinois est marqué par une corrélation forte entre les brevets, le système universitaire et l’Académie des Sciences de Chine (CAS). La Chine dispose également d’infrastructures avec des capacités d’accueil conséquentes. Cependant, elle peine encore à créer un catalyseur pour mélanger ces éléments et constituer un écosystème plus fort. Les différences culturelles, au sein même de la population, renforcent les difficultés de communication.

Aux Etats-Unis, la diversité est justement une force revendiquée par le pays et joue un rôle capital dans l’écosystème des start-ups américaines. 75 % des capitaux risques sont situés aux Etats-Unis où 40 milliards USD sont investis chaque année. La Silicon Valley, en particulier, représentait en 2011, deux fois plus que les villes de New York et Boston réunies, en termes d’investissements. Elle dispose d’un marché, d’infrastructures, de capitaux et d’une culture riche. Les Etats-Unis jouent indéniablement un rôle majeur dans le développement de concepts liés à l’innovation. Le livre The Rainforest : The Secret to Building the Next Silicon Valley (2012) par Victor W. Hwang et Greg Horowitt, est à la base même de la notion d’écosystème d’innovation. Henry Chesbrough, théoricien de l’organisation et professeur adjoint à l’Université de Californie à Berkeley, est à l’origine de l’expression open innovation. Steve Blank, serial-entrepreneur et académicien, a lancé le concept de la lean innovation et de l’innovation frugale.

Paris domine le classement des capitales d’innovation (PwC 2014), détient la plus forte concentration de sièges d’entreprise du classement Fortune 500 en Europe (PwC 2014), offre le plus grand parc de bureaux en Europe, le troisième plus grand au

monde, et a été classée première destination d’affaires pour les réunions et conventions (ICCA 2014). La ville de Paris se transforme en réservoir d’accélérateurs et d’incubateurs avec Agoranov (2000), NUMA (2011), 104factory au sein du CENTQUATRE-PARIS (2012), D-Incubator (2012), Startup42 (2013), Halle Freyssinet (2017). De nombreuses start-ups y ont vu le jour (Deezer, Dailymotion, Meetic, Happn, Withings, Viadeo) mais seules trois d’entre elles ont atteint le statut de licorne ; un faible chiffre lorsqu’il est rapporté au nombre d’accélérateurs existants.

Enfin, Israël, qui fait partie des pays de naissance des licornes, dispose d’un socle scientifique solide, d’un capital humain de qualité, d’un environnement favorable à l’entrepreneuriat et du support du gouvernement. Le pays excelle dans les technologies de l’information, la défense et les sciences de la vie. Les infrastructures sont en revanche limitées c’est pourquoi ses start-ups sont rachetées, principalement par les Etats-Unis. Les activités de fusion et acquisition y sont très développées. Un grand nombre de centres de R&D sont installés avec une prédominance pour les sciences. Dans un pays où le service militaire est obligatoire, le rôle central de la défense se traduit par le nombre important de start-ups liées à ce domaine. Israël est marqué par le conflit et les guerres, ce qui place la protection et la sécurité au centre des préoccupations, à tel point qu’un tiers des investissements en R&D ont une visée militaire.

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Conférence sur les écosystèmes d’innovation et d’entrepreneuriat.
Crédits photo : CCIFC

Cette première édition du groupe de travail Innovation animé par le service pour la science et la technologie et la CCIFC a réuni plus de 80 personnes et confirme l’intérêt de la communauté francophone pour l’innovation et l’entrepreneuriat. Les personnes intéressées pour recevoir le support de la présentation peuvent en faire la demande par email à yvonne.tran@diplomatie.gouv.fr

Dernière modification : 25/01/2017

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